Cet atelier consacré aux migrations internationales a fait le point sur leur évolution récente suite à la crise économique dans les pays de l'OCDE (Jean-Pierre Garson) et en Île-de-France avec, une attention particulière à la situation des immigrés sur le marché du travail (Mariette Sagot). La table ronde a porté sur l'évolution récente des migrations internationales au Royaume-Uni (Philippe Louchart) et en France. Denis Vène a évoqué l'évolution de la présence française à l'étranger et Guy Desplanques la difficile mesure des sorties d'étrangers du territoire français. Christine Bruniaux a précisé le rôle limité joué par l'immigration dans les ajustements fins que nécessite l'évolution permanente de l'emploi et des actifs en Île-de-France en rappelant les autres modalités d'ajustements (formation, aides à la mobilité, …). Nina Volz a terminé en présentant la stratégie récente de la France quant à l'accueil des étudiants étrangers, à travers notamment la création de Campus France.

Jean-Pierre Garson a présenté les grandes lignes de l'étude réalisée en 2009 par l'OCDE « Gérer les migrations au-delà de la crise ». Il a rappelé que l'immigration étrangère était relativement faible en France dans le contexte européen en raison, notamment, d'un taux de chômage tendanciellement élevé depuis le milieu des années 70. Elle se situe loin derrière l'Irlande, l'Italie, l'Espagne, le Portugal ou la Grande-Bretagne. Le regroupement familial est devenu depuis le milieu des années 70 l'élément moteur des arrivées d'étrangers en France. Fortement lié aux migrations antérieures de travailleurs, ces flux pourraient à l'avenir se réduire et se diversifier avec le regroupement familial des ascendants qui a tendance à progresser. Jean-Pierre Garson a aussi indiqué que la France est devenue le pays de l'OCDE qui accueille aujourd'hui le plus de demandes d'asile.
L'élargissement récent de l'Union européenne a généré une hausse des flux migratoires intra-européen, qui se sont greffés aux flux traditionnels. La Suède, la Grande-Bretagne ou l'Irlande ont décidé la libre circulation immédiate pour les ressortissants des pays de l'Est avec des effets différenciés. L'atonie du marché de l'emploi suédois a limité les arrivées tandis que les booms économiques anglais et irlandais ont créé un appel d'air. La crise a fortement touché les populations immigrées et réduit les arrivées dans les pays de forte immigration. En Grande-Bretagne, elle a même incité nombre des ressortissants des pays de l'Est, notamment des Polonais, à retourner dans leur pays comme l'a indiqué Philippe Louchart. La libre circulation génère donc des effets d'ajustements très nets des flux migratoires en fonction de la situation économique.
Partout, les immigrés ont été balayés par la crise, mais moins en France qu'ailleurs, en raison de leur relative dispersion entre les différents secteurs d'activité. En dépit de la crise, des pénuries de main-d'œuvre sectorielles demeurent, et la plupart des pays ont recours à une immigration sélective avec des listes de métiers ouverts à l'immigration.
Ces politiques ont leur limite, malgré des éléments discrétionnaires, certains échappent largement à la volonté des États : l'immigration familiale, les demandes d'asiles et les migrations au sein de l'Union Européenne.
Par ailleurs, l'orientation des politiques d'intégration actuelles des pays européens se focalisent sur les nouveaux arrivants et ne sont pas sans effets pervers : la courte durée des titres de séjours (1 an) donne des statuts précaires au regard du marché du travail et tend à générer des clandestins à l'échéance du titre. Aux États-Unis ou au Canada, pays souvent pris comme référence, les immigrants bénéficient d'un statut permanent.
Mariette Sagot a rappelé que 40 % des immigrés (personnes nées étrangères dans un pays étranger) vivant en France résident en Île-de-France où ils représentent 16,9 % de la population en 2006. Dans la région, 39% ont acquis la nationalité française.
La structure des arrivées selon l'origine s'est fortement modifiée depuis le milieu des années 90, avec un recul très fort des pays de l'UE15 et la montée des pays d'Afrique noire. Algérie, Maroc, Chine et Tunisie sont les quatre pays d'origine les plus représentés parmi les nouveaux venus.
Les immigrés sont moins bien insérés sur le marché du travail pour différentes raisons dont un niveau de formation plus faible. Les sans diplôme sont quatre fois plus nombreux parmi les immigrés (36 % contre 9 % pour les non-immigrés), les Portugais et les Turcs étant parmi les moins diplômés.
Toutefois, les immigrés arrivés depuis moins de 5 ans ont nettement plus souvent un niveau de diplôme au moins égal au 2e cycle universitaire (33 % des 15-64 ans hors étudiants, contre 26 % pour les non-immigrés et 15 % pour les autres immigrés). Bien que plus qualifiés, ils sont toujours autant disqualifiés sur le marché du travail. Le taux de chômage des immigrés est deux fois plus élevé. Les analyses attestent d'effets très nets en leur défaveur, variables selon leur ancienneté d'installation et leur origine. Ils restent fortement représentés dans les métiers peu qualifiés : nettoyage, employés de maison, assistantes maternelles, serveurs, agents de sécurité, maçons... informaticien est l'un des rares métiers très qualifiés qu'ils occupent aussi fréquemment.
La mobilité des personnes renvoie à 4 flux : les arrivées d'étrangers et de Français et les départs d'étrangers et de Français. D'après le recensement de 2006, les étrangers représentent 64 % des arrivées en Île-de-France : 28 % d'européens, 42 % africains, 20 % asiatiques. Les départs ne sont pas couverts par la statistique publique, mais la présence des Français à l'étranger peut être estimée à partir des déclarations faites auprès des consulats. Environ 2,2 millions de Français vivent à l'étranger, avec une progression annuelle de 3 %, comme l'a précisé Denis Vène. Ils sont principalement en Amérique du nord, puis au Moyen-Orient, avec une baisse des expatriés en Afrique.
Contrairement à la Grande-Bretagne insulaire, il n'y a pas de décompte aux frontières des sorties d'étrangers et de nationaux. Cette absence d'information sur les sorties présente l'inconvénient de focaliser le débat public sur les arrivées. L'Insee, a rappelé Guy Desplanques, estime des probabilités de sortie selon l'ancienneté de présence en France, le motif d'arrivée ou l'origine. Elle est d'autant plus élevée que l'arrivée est récente, très élevée pour les étudiants (de l'ordre de 80 à 90 %), intermédiaire pour les travailleurs venus seuls, plus faible pour les familles, élevée pour les ressortissants des pays développés comme les Américains.
Face aux difficultés de recrutement dans certains métiers sous tension, l'immigration étrangère n'est qu'une réponse possible à côté de la formation initiale ou continue vu notamment la réserve de main-d'œuvre que constituent les demandeurs d'emploi comme l'a précisé Christine Bruniaux. Les pouvoirs publics ont imaginé plusieurs solutions : des primes aux jeunes qui s'orienteraient vers ces métiers, des allocations de fin de formation pour certains métiers, la non-opposabilité des situations de l'emploi ou encore le titre de séjour « Talents et compétences » pour attirer des immigrants très qualifiés.
Le croisement entre métiers sous tension et immigrés n'est d'ailleurs pas univoque. De nombreux métiers où les immigrés sont sur-représentés ne sont pas sous tension et, à l'inverse, dans certains métiers sous tension, comme l'informatique, la part des immigrés n'est pas très forte. Toutefois, la relation est patente dans le bâtiment, l'hôtellerie restauration et les métiers de transport et de logistique comme les chauffeurs routiers où la part des immigrés est forte. Mais il y a une forte désaffectation des jeunes vis à vis de ces métiers ou ceux de l'industrie qui insèrent pourtant très bien.
Il apparaît plus que nécessaire de travailler sur les représentations et sur la revalorisation de ces métiers, car quantitativement il y a une relative adéquation entre ceux qui sortent de formation et les besoins. Pour ce qui est de l'informatique, qui a été fortement sous tension au début des années 2000, la situation se normalise et les délocalisations des activités informatiques pourraient changer la donne.
La part des étudiants étrangers accueillis en Île-de-France s'est fortement réduite depuis une quinzaine d'années. Elle est passée de moitié au milieu des années 90 à seulement 30 % aujourd'hui dans un contexte où la France se montre pourtant de plus en plus active pour attirer les étudiants étrangers comme l'a expliqué Nina Volz de Campus France avec des succès certains dont témoigne la diversification des pays d'origine. La Chine est ainsi devenue (en 2008) le second pays d'origine des étudiants venus en France, juste derrière le Maroc. La progression affecte surtout les niveaux Master et Doctorat.
Les ateliers « Migrations et métropoles » se concluront en mai 2010 par un dernier volet : migrations, différences et vivre ensemble.
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