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Bilan et perspectives

Que retenir des IBA et des Regionale allemandes ?

Dieter Läpple, professeur à l'Université HafenCity à Hambourg, l'a bien résumé lors d'une réunion de travail à la Villette, le 9 juillet 2009 : « Les IBA sont d'abord des laboratoires à durée limitée qui travaillent dans des conditions exceptionnelles à développer des solutions modèles ». Des solutions à quoi ? Aux défis, anciens ou nouveaux, auxquels font face les grandes régions métropolitaines : dans la Ruhr, il s'agissait de créer les conditions d'une renaissance (IBA 1999) ; à Hambourg, il s'agit de faire de la diversité culturelle et du changement climatique environnementale des atouts pour le futur (IBA 2013).

Comme l'a exprimé Tom Sieverts le 8 juillet, « les régions doivent d'abord s'identifier [c.a.d. se regrouper et se mobiliser autour d'une idée de projet] pour répondre à un premier appel à candidature proposé par le Land de Rhénanie du Nord-Westphalie avant d'être éventuellement retenues pour une Regionale ». Cette étape permet déjà de fédérer les énergies de la métropole et de se mettre d'accord sur les objectifs. La première question que les porteurs de projet doivent se poser est : « qu'est-ce que mon projet apporte à la métropole ? En quoi est-il structurant ».

Ce n'est qu'une fois retenue, que la région lance en interne un appel à projet qui peuvent avoir une dimension spatiale (aménagement de lieux, etc.) ou non (mise en réseau d'acteurs, etc.). Dans les Regionale, le processus de qualification des projets est long (3 ans), les projets franchissant pas à pas plusieurs étapes de validation (de la note D à la note A) : ceci permet de les enrichir et de les consolider collectivement, avec l'appui technique de l'Agence Regionale 2010. Le Land joue surtout un rôle d'impulsion et de coordination.

Lors de la restitution de l'Atelier à l'IAU îdF le 10 juillet, Michael Schwarze-Rodrian, directeur à Metropoleruhr, a insisté sur la dimension informelle de l'action collective : les élus des villes de la Ruhr choisissent de travailler ensemble hors de toute procédure ; ils inventent au fur et à mesure les outils dont ils ont besoin et prennent des décisions en temps réel après débat.

Hans-Dieter Collinet, directeur au Land de Rhénanie du Nord-Westphalie, a insisté également sur cette condition essentielle de l'IBA : la capacité à créer un système de décision informel. Les débats, les visites de site, la présentation publique des réalisations, les fêtes populaires, les loisirs et la culture, sont, pour tous, des ingrédients fondamentaux du projet : « il faut enthousiasmer le public » (Tom Sieverts) ; «  il faut d'abord travailler pour et avec les gens : une métropole attractive pour ses habitants, le sera aussi pour ses entreprises et ses visiteurs » (Michael Schwarze-Rodrian).

Quels éléments retenir pour Paris Métropole ?

  • Un processus d'appel à projets ouvert, s'inscrivant dans une vision stratégique de la métropole future, pour stimuler les initiatives locales,
  • la création d'une structure de pilotage indépendante et à durée limitée qui anime l'ensemble du processus, sélectionne, qualifie et accompagne les projets de l'idée à la réalisation,
  • des thématiques larges mais orientées, pour susciter des solutions innovantes et créatives au regard des enjeux identifiés,
  • un accent mis sur la qualité des projets au travers de l'organisation du débat public, de concours internationaux et de l'accompagnement des projets,
  • une durée d'environ 10 ans : 5 ans pour la gestation et la consolidation des projets et 5 ans pour leur mise en œuvre (précédés d'une phase de préparation de la démarche),
  • un processus continu rythmé et nourri par une série d'évènements : publications, concours, débats, forums décentralisés, conférences, marches exploratoires, visites de terrain, ateliers publics, signature de chartes, etc.,
  • un accent mis sur la communication et la médiatisation du processus, mais aussi sur l'ouverture au grand public de nouveaux espaces urbains de loisirs et de culture.

L'apport des approches allemandes est sans doute de montrer qu'une démarche d'appel à projets non institutionnelle, basée sur le débat ouvert et l'émulation, peut transformer en profondeur une métropole plus sûrement qu'un plan directeur.

« Ce que nous voyons depuis 3 jours dans la Ruhr, éveille en nous des hypothèses de méthode et sur ce point votre expérience est pour nous extrêmement intéressante », fait remarquer Jean-Yves le Bouillonnec lors du séminaire de Dortmund, en juillet. Ceci dit, la métropole francilienne doit inventer une démarche qui répond à ses propres enjeux. La première question que l'on doit poser est : quel pourrait être le sens d'un appel à projet pour la métropole francilienne ? À quels défis pourrait-il répondre ? Les travaux de ces prochains mois devront apporter des réponses.

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1. Jean-Yves Le Bouillonnec analyse le projet pour le Grand Paris2. Un moment clé : les élus présentent leurs enjeux de territoire les uns aux autres3. L'important c'est le débat sur les stratégies et les projets : Guy Bonneau à Brétigny4. Patrick Brouezec présente les projets de Plaine Commune

Regards franco-allemands sur le territoire de Paris Métropole

L'une des richesses de l'Atelier Paris-Rhin-Ruhr est le croisement de regards des acteurs des territoires de Paris Métropole, entre eux et avec les partenaires allemands.

Les participants français ont été impressionnés à la fois par l'ambition et par le pragmatisme des réalisations allemandes, notamment au regard de la politique de non-démolition des « cathédrales » laissées par l'activité industrielle. Ils ont salué « l'esprit de méthode allemand » et se sont montrés intéressés par les systèmes de décision et financiers mis en place pour piloter les projets ; ils ont été aussi séduits par le rôle pris par l'Etat régional, qui impulse, invente, co-pilote et finance sans imposer son pouvoir.

Les experts allemands ont été frappés par la mobilisation des élus dans le développement local : à Plaine Commune, où Patrick Braouezec a décrit la dynamique enclenchée autour du Stade de France ; dans la Vallée de la Bièvre, avec les interventions de Jean-Yves Le Bouillonnec, Philippe Laurent et d'autres élus, ou en Essonne, autour de Michel Berson, de Stéphane Raffali et d'Olivier Léonhardt, où de multiples projets économiques ou urbains voient le jour.

Mais les allemands ont été frappés par les difficultés de coordination des projets et l'absence de vision fédératrice. L'économie et les infrastructures leur ont paru prédominer, dans les discours, sur la qualité de vie et la prise en compte des besoins liés à la diversité culturelle de la population. « les acteurs semblent avoir une fascination pour les nouvelles technologies », dit Dieter Läpple. D. Läpple a aussi insisté sur les dangers de la fracture sociale dans la métropole francilienne, de « l'effet de ciseau social » avec un décalage croissant entre qualifications et emplois offerts qui deviennent soit très qualifiés, soit déqualifiés.

Ce qui a aussi marqué les participants allemands à l'issue des deux journées de visite de territoires c'est le caractère décousu de la banlieue, du  : « on va d'île en île sans repères », nous a dit Christa Reicher, professeur à l'Université de Dortmund, lors de la synthèse finale à l'IAU îdF, le 10 juillet. Pour Hans-Dieter Collinet, le Nord-Est parisien, autour des canaux de l'Ourcq et de Saint-Denis, est bien adapté à une démarche de type IBA ; au sud de l'agglomération, les choses semblent moins propices.

Des questions pour un futur appel à initiatives de la métropole francilienne? À suivre...

Contact

Paul Lecroart