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Atelier n° 1 - 11 décembre 2008. Analyse comparée des mouvements migratoires

L’IAU île-de-France a choisi de commencer ce cycle de cinq ateliers de prospective sur le thème « Migrations et Métropoles » par une analyse comparée des mouvements migratoires dans les grandes métropoles américaines (communication de W. H. Frey, The Brookings Institution), dans le Grand Londres (Ian Gordon, London School of Economics) et en Île-de-France (Philippe Louchart, IAU îdF).

Photo : © IAU îdF / P. Thiot

De cette confrontation des analyses menées de part et d’autre de la Manche et de l’Atlantique, on retiendra les nombreuses similitudes qui sont apparues à l’écoute des trois interventions dans les dynamiques démographiques de métropoles aussi différentes que celles du Grand Londres, de New York, de Chicago, de Miami, de Los Angeles ou de San Francisco.
Toutes enregistrent, comme l’Île-de-France, un excédent naturel élevé (plus de naissances que de décès), des échanges migratoires déficitaires avec le reste de leur pays d’implantation et des apports nets permanents et importants de migrants internationaux.

Le deficit migratoire des grandes métropoles américaines

Ce « moteur démographique à trois temps » apparaît ainsi comme une caractéristique majeure de ces très grandes métropoles. En même temps, William H. Frey a bien montré que si les trois métropoles américaines les plus peuplées, New York, Los Angeles et Chicago, obéissaient à ce schéma, d’autres comme Dallas, Phoenix, Atlanta, Tampa, Riverside ou Las Vegas connaissaient aujourd’hui un excédent naturel élevé et des apports nets importants de population en provenance aussi bien du reste du pays que du reste du monde. D’autres encore, comme les métropoles des vieux bassins industriels américains (Detroit, Cleveland, Milwaukee, Buffalo ou Pittsburgh), aujourd’hui directement concernées par la crise que traverse l’industrie automobile américaine, enregistrent des départs nets de population vers le reste des Etats-Unis et des arrivées nettes très limitées en provenance du reste du monde.

Pour William Frey, ces départs nets des grandes métropoles américaines sont liés aux restructurations permanentes de leur base économique. Ils sont aussi, nous dit-il, de plus en plus la conséquence du coût très élevé du logement dans ces métropoles. Celui-ci conduit une partie des classes moyennes américaines à en partir pour rejoindre des métropoles dynamiques de taille plus modeste. Celles-ci se développent rapidement, sur une base extensive puisque l’espace y est disponible et que l’attrait pour la maison individuelle reste toujours aussi prégnant pour nombre d’Américains, notamment ceux qui quittent les très grandes métropoles.

Un clivage social croissant dans les grandes métropoles

Les conséquences de ce moteur démographique à trois temps sont apparues aussi très proches de part et d’autre de la Manche et de l’Atlantique avec une diversification croissante des populations vivant dans ces métropoles et un clivage social puissant des espaces métropolitains. Les mécanismes à l’œuvre diffèrent selon les pays mais les résultats sont similaires : dualisation croissante de la société et clivage social accru des territoires, en lien dans le Grand Londres comme en Île-de-France avec la géographie du parc social.

Ian Gordon a ainsi montré que la croissance régulière du revenu des Londoniens ces dernières années par rapport à celui des autres Britanniques résultait pour une large part de l’explosion des salaires d’une fraction réduite mais croissante de la population active et qu’elle s’accompagnait d’une pression à la baisse sur les salaires des activités peu qualifiées. L’afflux important de migrants internationaux souvent qualifiés, très motivés et prêts à occuper ces emplois peu qualifiés expliquerait en partie ces évolutions. Les conditions de vie des ressortissants britanniques non qualifiés s’en trouveraient directement affectées.

Ian Gordon a aussi précisé que l’augmentation importante des travailleurs en provenance des nouveaux pays membres s’était accompagnée d’une diffusion de cette immigration sur l’ensemble du territoire du Royaume-Uni dans des régions où celle-ci était traditionnellement faible. Il a aussi précisé que si des pénuries de main d’œuvre sectorielles, notamment dans les petites industries, l’agriculture ou le domaine médical avaient été résorbées par cette hausse récente des migrations internationales, ceci ne s’était accompagné d’aucune diminution du nombre d’offres d’emplois non satisfaites en fin de mois. Celles-ci devraient être considérées moins comme la conséquence d’une pénurie de main d’œuvre que comme le signe du dynamisme économique de l’économie anglaise.

Si l’apport de l’immigration au dynamisme économique britannique paraît certain à court terme, l’impact sur le fonctionnement du marché du travail et les conditions de vie des ménages britanniques modestes paraît ainsi plus équivoque.

Quant au déficit migratoire de ces métropoles avec le reste de leur pays d’implantation, Philippe Louchart et les deux autres intervenants ont montré qu’il pouvait aussi se lire en partie comme la résultante de l’attractivité de ces métropoles.

Le creusement du déficit migratoire en Île-de-France

Les actifs qui quittent aujourd’hui l’Île-de-France avec leur famille, par exemple, sont pour beaucoup les mêmes qui sont arrivés seuls quelques années plus tôt pour y commencer leur carrière. Les trois quarts des Franciliens en couple qui ont ainsi quitté l’Île-de-France entre 1990 et 1999, vivaient en 1999 dans un couple dont l’un des deux était natif de province.

De la même façon, le creusement récent du déficit migratoire de l’Île-de-France avec les autres régions métropolitaines ne traduit qu’en partie une hausse de l’intensité des départs de Franciliens : à hauteur d’un tiers. Les deux cinquièmes s’expliquent en réalité par l’évolution de la population et de sa structure par âge. L’arrivée progressive à l’heure de la retraite des générations nombreuses du baby-boom tend à augmenter le nombre des départs, alors même que leur propension à quitter l’Île-de-France reste stable.

Dans l’autre sens, les générations qui arrivent aujourd’hui aux âges de forte immigration en Île-de-France (celles qui ont entre 20 et 30 ans dans les années 2000) sont moins nombreuses qu’auparavant. Elles sont nées au milieu des années 70, au moment où la fécondité s’est effondrée en France. Mécaniquement, ceci limite, 20 à 30 ans plus tard, les arrivées en Île-de-France de jeunes en provenance des autres régions métropolitaines. Des arrivées qui restent des arrivées d’actifs très qualifiés.

Le creusement du déficit migratoire francilien avec les autres régions métropolitaines, peut enfin se lire, comme aux Etats-Unis, comme le résultat de l’attractivité croissante d’autres territoires, souvent métropolitains, tant sur le plan économique qu’en termes de cadre de vie, de conditions de vie et de coût de la vie. Avec l’inconvénient majeur aujourd’hui, précisait William H. Frey, que la plupart de ces métropoles américaines en développement rapide s’urbanisent sur une base extensive, fortement consommatrice d’espace mais surtout fortement inductrice de déplacements motorisés.

Les intervenants

François Dugeny, Mireille Ferri, Gérard Lacoste
François Dugeny, Mireille Ferri, Gérard Lacoste
William H. Frey
William H. Frey
Ian Gordon
Ian Gordon
Philippe Louchart
Philippe Louchart

Programme

11 décembre 2008

Contact

Isabelle Zugetta

Intervenants

  • Mireille Ferri
    Vice-présidente du Conseil régional, chargée de l’aménagement du territoire, de l’interrégional, de l’égalité territoriale et des contrats régionaux et ruraux
  • François Dugeny
    Directeur général de l’IAU île-de-France
  • Gérard Lacoste
    Directeur-général adjoint de l’IAU île-de-France
    Présentation et animation de l'atelier
  • William H. Frey
    The Brookings Institution
  • Ian Gordon
    London school of Economics
  • Philippe Louchart
    IAU île-de-France

Diaporamas

Metropolitan Migration in the USWilliam H. Frey

Migration and the London EconomyIan Gordon

Les migrations dans la démographie franciliennePhilippe Louchart