Les statistiques montrent une baisse de la mobilité résidentielle en Île-de-France alors que les déplacements domicile-travail restent relativement stables. Mais la crise actuelle risque de remettre en cause les modèles établis. L'action politique sur l'habitat semble alors indispensable pour favoriser la mobilité résidentielle et maintenir la région attractive.

D'après la dernière enquête logement de l'Insee (ENL 2006), la mobilité résidentielle des Franciliens est en baisse depuis 1984. Ce constat était le point de départ du deuxième atelier d'un cycle de cinq organisé par l'IAU île-de-France, sur le thème de la démographie des métropoles.
Face à une soixantaine de participants, l'évènement a réuni le 3 avril des chercheurs, des professionnels et spécialistes de l'habitat, des chargés d'études de l'IAU îdF et la Vice-présidente du Conseil régional en charge de l'aménagement du territoire, Mireille Ferri.
Parmi les trois parcs de logements (locatif privé, locatif social, propriété), la baisse de la mobilité résidentielle en Île-de-France est attribuée au parc social (voir Note rapide n° 463). Celui-ci est devenu le « refuge » des ménages modestes et n'est plus un habitat de transition.
L'enquête logement de l'Insee fait également ressortir que l'occupation en propriété est une installation quasi définitive et sa progression de 46 % depuis 1984 ancre la mobilité résidentielle à un faible niveau.
Seul le parc locatif privé joue encore un rôle important dans les transitions résidentielles. Par exemple, il accueille 2,5 fois plus de ménages en provenance de province que les deux autres parcs réunis. Mais la crise actuelle de l'immobilier et les loyers élevés risquent de contraindre ses possibilités.
L'analyse démographique permet également de se projeter dans l'avenir. Ainsi, les données de l'Insee dévoilent que la mobilité résidentielle décroît fortement avec l'âge : près de 60 % des 20 ans sont mobiles contre 15 % des 40 ans (chiffres 1999) ; or le vieillissement de la population francilienne devrait se poursuivre jusqu'en 2030 (+ 54 % de ménages âgés de 60 ans et plus entre 2005 et 2030).
La baisse de la mobilité résidentielle pose alors la question de la hausse des déplacements. Selon Jeremy Courel, statisticien au département transport de l'IAU îdF, il n'y a pas de lien entre la distance quotidienne parcourue et l'ancienneté de présence dans le logement. Cela signifie que jusqu'à présent (données 2002), les ménages ont fait des choix : le refus de la mobilité professionnelle lointaine et le rapprochement du lieu d'emploi. La crise économique pourrait remettre en cause cette liberté.
Existe-t-il des leviers pour enrayer la baisse de la mobilité ? Les intervenants de la table ronde ont ensuite dressé divers constats. Pour Denis Landart, « le système HLM actuel ne permet pas de mobilité dans le parc […] il y a une concurrence des précarités ». Le représentant de l'AORIF (Union sociale pour l'habitat en ÎDF) ajoute que l'offre HLM est au même niveau qu'il y a 12 ans.
Des organismes collecteurs du 1 % (Eurocil par exemple) développent la construction de résidences d'accueil, mais l'offre est faible face à l'ampleur de la demande. Des associations proposent également des solutions pour améliorer la mobilité résidentielle. Cest le cas du Comité Habitat CDG qui facilite la concertation d'acteurs essentiels : entreprises localisées sur la plate-forme aéroportuaire de Roissy, collectivités locales et professionnels du logement. Mais ces actions restent assez localisées.
Concernant l'accession sociale à la propriété, les aides ne sont pas assez importantes pour contrer le coût important du foncier et de l'immobilier en Île-de-France. Les experts préconisent l'action des collectivités locales.
D'une manière générale, l'intervention des pouvoirs publics semble indispensable pour refréner la baisse de la mobilité en Île-de-France. Guy Burgel, urbaniste, propose d'améliorer l'accessibilité résidentielle en zone dense. Cela aurait des effets positifs sur les transports car les zones denses sont les mieux desservies et sur le développement durable. Mais la densification du tissu urbain ne peut se faire sans politique locale volontariste.
En attendant, le déficit migratoire francilien se creuse en faveur de la province, ce qui interroge sur l'attractivité de la région. Le prochain atelier sur les migrations (en juin) traitera de ce sujet et des échanges migratoires entre l'Île de France et les autres régions.
Télécharger le podcastDurée : 3h48
La mobilité résidentielle des ménages franciliens entre 1984 et 2006 : une baisse perceptibleJean-Jacques Guillouet, Philippe Pauquet
Mobilité résidentielle, vieillissement de la population et recomposition sociale du territoirePhilippe Louchart
Stabilité résidentielle et mobilité quotidienneJérémy Courel