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Atelier n° 3 - 2 octobre 2009. Le déficit migratoire entre l’île-de-France et les autres régions peut-il se réduire ?

Professionnels, chercheurs, étudiants, ... étaient au rendez-vous de ce troisième atelier. © P. Thiot, IAU îdF
Professionnels, chercheurs, étudiants, ... étaient au rendez-vous de ce troisième atelier. © P. Thiot, IAU îdF

A l'instar de nombreuses métropoles internationales, les échanges migratoires de l'Île-de-France avec le reste du pays sont déficitaires. Les dernières données de l'Insee (juillet 2009) témoignent du creusement de cette situation.
Partant de ce constat, le troisième volet des ateliers sur les migrations organisés par l'IAU île-de-France a posé plusieurs questions : pourquoi le déficit migratoire francilien s'est-il creusé ?  Qui s'installe en Île-de-France ? Qui en part ? Pour quelles raisons ? Pour quelles destinations ?
Pour étudier ce phénomène, cette demi-journée d'exposés, d'analyses et de débats a réuni autour de Sylvie Marchand, directrice de l'Insee Île-de-France et Gérard Lacoste, directeur général adjoint de l'IAU îdF, des experts, acteurs et témoins : Philippe Louchart, Estelle Kesseler et Sandrine Beaufils de l'IAU îdF ; Véronique Nguyen du Cabinet Elexent et chercheuse à HEC ; Philippe Ricard et Abdallah Moussaoui de Pôle emploi ; Pierre Lamblin de l'Apec ; Yannick L'Horty de l'université d'Évry et Hugues Jennequin de l'université de Rouen.

Nette opposition entre la France de l’ouest et du sud, attractive, et la France du nord et de l’est, qui ne l’est pas.

Une France bipolaire

Une tendance lourde se maintient sur le territoire métropolitain : les départements du Sud et de l'Ouest plus attractifs s'opposent à ceux du Nord et de l'Est. Une ligne reliant le nord de la Bretagne au nord de la région Rhône-Alpes sépare cette France des flux. « L'effet littoral » n'explique pas tout, ce qui apparaissait comme une tendance entre 1990 et 2000 se confirme : plus un département est rural, plus il est attractif. Ainsi, les Landes, les Alpes-de-Haute-Provence, la Vendée, les Hautes-Alpes, la Lozère, ont un taux annuel de migration nette supérieur à 6 pour mille ; en Île-de-France le taux est négatif et en deçà de 3 pour mille.
Néanmoins, comme l'a évoqué l'universitaire Hugues Jennequin, l'attrait du rural est lié à l'urbain car dans ces départements, l'offre de service des villes et des périphéries (public, santé, logistique,…) jouent un rôle important dans l'attractivité des territoires. Et Brigitte Baccaïni de préciser que ce sont le plus souvent les villes des départements ruraux qui sont en réalité les plus attractifs.
Par ailleurs, quelques départements, jusqu'alors très attractifs, souvent situés dans le Sud et très urbanisés enregistrent aujourd'hui des soldes migratoires négatifs, comme l'Hérault, les Alpes-Maritimes, la Haute-Garonne ou les Bouches du Rhône. Y a-t-il un lien entre ces deux évolutions ? La saturation relative des uns explique-t-elle le regain d'attractivité des autres ? La question a été posée.

Le déficit migratoire francilien s'étend aux régions limitrophes

De son côté, l'Île-de-France, en dépit de son déficit migratoire joue un rôle de plaque tournante majeure dans les échanges entre régions. Elle enregistre 110 000 arrivées par an, surtout des jeunes en début de vie professionnelle, seuls ou en couple le plus souvent, contre 190 000 départs, principalement des familles avec enfants et des retraités. Ce déficit est largement compensée par l'excèdent naturel qui dépasse 110 000 par an depuis 2006 (180 000 naissances pour 70 000 décès par an) et par des apports nets en provenance du reste du monde estimés à +32 000 par an depuis 1999.

Les départements aux franges de l'Île-de-France, qui bénéficient du déficit migratoire de la région capitale, voient ces dernières années leur excédent se réduire ou devenir négatif (bien que limité grâce à l'arrivée de Franciliens). Ce qui était une spécificité francilienne s'est progressivement étendue aux régions limitrophes confirmant ainsi la tendance : on ne quitte pas un territoire avant tout par déception mais pour s'installer dans un autre plus attractif.

Qui quitte l'Île-de-France ?

Le creusement du déficit migratoire francilien est dû pour l'essentiel aux actifs, avec une forte propension chez les couples « bi-actifs ». La mobilité des actifs se renforce chez les cadres qui se distinguent par une volonté de changement, même en période de crise. Pierre Lamblin, de l'Apec, a souligné le fait que 35 % des actifs du secteur privé en Île-de-France sont des cadres, et ces derniers, d'après Véronique Nguyen, sont les plus mobiles d'Europe (deux fois plus que les anglais). Le creusement du déficit s'explique aussi par l'arrivée aux âges de forte mobilité des générations moins nombreuses nées après le premier choc pétrolier.

Le fort potentiel économique de l'Île-de-France explique son rôle de plaque tournante dans le système migratoire français mais n'empêche donc pas la région de voir partir plus de personnes qu'elle n'en attire. Pour Guy Desplanques, ce déficit ne constitue ni une bonne ni une mauvaise nouvelle mais résulte du statut de métropole mondiale de l'Île-de-France. Sa population, comme l'a rappelé Gérard Lacoste dans son introduction, évolue comme celle du Grand Londres ou des très grandes métropoles étasuniennes sur la base d'un moteur démographique à trois temps : solde naturel élevé, solde migratoire déficitaire avec le reste du pays mais excédentaire avec le reste du monde. Guy Burgel, géographe de référence présent dans la salle, a demandé si le moteur économique était toujours le moteur des migrations, dans un contexte où l'idée de se « faire une place au soleil » semble de moins en moins relever de la métaphore, comme le montre la carte des migrations.
Philippe Louchart a alors indiqué que l'emploi constituait toujours un moteur puissant pour les arrivées en Île-de-France tandis qu'il restait une contrainte forte pour les ménages actifs souhaitant quitter l'Île-de-France. La question de l'impact que la montée récente du chômage aura sur la mobilité des actifs reste posée tout comme celle de l'urbanisation croissante des territoires aujourd'hui attractifs.

Les intervenants

Sylvie Marchand, Gérard Lacoste
Sylvie Marchand, Gérard Lacoste
Philippe Louchart
Philippe Louchart
Estelle Kessler
Estelle Kessler
Sandrine Beaufils
Sandrine Beaufils
Yannick L'Horty
Yannick L'Horty
Abdallah Moussaoui, Philippe Ricard
Abdallah Moussaoui, Philippe Ricard
Pierre Lamblin
Pierre Lamblin
Véronique Nguyen
Véronique Nguyen
Hugues Jennequin
Hugues Jennequin
François Dugeny
François Dugeny

Programme

2 octobre 2009

Contact

Isabelle Zugetta

Écouter la séance

Télécharger le podcastDurée : 3h42

Intervenants

  • François Dugeny
    Directeur général de l’IAU île-de-France
  • Gérard LacosteDirecteur général adjoint de l’IAU île-de-France
  • Sylvie MarchandInsee
  • Philippe LouchartIAU île-de-France
  • Estelle KesselerIAU île-de-France
  • Sandrine BeaufilsIAU île-de-France
  • Pierre LamblinApec
  • Yannick L’HortyCEE, Université d’Evry-Val d’Essonne
  • Hugues JennequinUniversité de Rouen
  • Véronique NguyenElexent, HEC
  • Philippe RicardPôle emploi ÎdF
  • Abdallah MoussaouiPôle emploi ÎdF

Diaporamas

Les migrations inter-départementales entre 2001 et 2006Brigitte Baccaïni

Les migrations entre l’Île-de-France et le reste de l’hexagone : quoi de neuf ?Philippe Louchart

Les migrations d’actifs : quelles spécificités franciliennes ?  Estelle Kesseler
Migrations Île-de-France - Bassin parisien : quelles évolutions ?Sandrine Beaufils

La STMT au mois d’août 2009 en Île-de-FrancePhilippe Ricard et Abdallah Moussaoui
Mobilité & TurnoverVéronique Nguyen

Repères

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