L’Ile-de-France, première région urbaine de France, est aussi une grande région agricole. L’activité agricole gère la moitié du territoire régional. Les exploitations franciliennes sont au premier rang national par leur taille et au deuxième rang pour le résultat agricole par actif total. Les rendements en céréales figurent parmi les plus élevés de France.
« La rapide urbanisation de la région parisienne a fait spectaculairement reculer, depuis un siècle, la vie campagnarde et ses aspects traditionnels. On tend à oublier que les départements qui composent la région figurèrent, jusqu’au début de ce siècle, dans le peloton de tête au palmarès national des principales productions agricoles. Encore moins s’avise-t-on que nos paysages, même profondément transformés, les limites de nos terroirs, la forme de nos parcelles cadastrales, le tracé de nos voies de communication sont en partie hérités de ce passé rural qui pèse ainsi de tout le poids de l’histoire sur le présent» (cf. Jean Jacquart, Président de la Fédération des sociétés d’histoire et d’archéologie).
Les paysages ruraux se sont simplifiés en blocs exclusivement agricoles ou forestiers, par la conjonction de deux évolutions :
L’intensification de l’agriculture (mécanisation, engrais chimiques, produits phytosanitaires, amélioration variétale), particulièrement ces cinquante dernières années, a permis d’accroître très fortement les rendements des grandes cultures. Ce progrès s’est réalisé au prix de remembrements successifs.
Les coteaux, les fonds de vallées et les périphéries de massifs forestiers, là où la productivité céréalière est la plus mauvaise, se sont inexorablement reboisés, après l’abandon de la vigne, le recul des vergers et de l’élevage. Les terres agricoles des petites vallées ont aussi été urbanisées.


Les grandes cultures (céréales et oléo-protéagineux, betteraves) sont traditionnellement les principales productions agricoles franciliennes. Elles sont concentrées sur les plateaux limoneux du Vexin, de Beauce, du Gâtinais, de Brie et de la Plaine de France, soit plus de 80 % de la surface agricole utilisée.
Les grandes cultures occupent majoritairement les plateaux et offrent un paysage dominant de champs ouverts (openfield), vastes horizons plats ou à peine ondulés. Mais l’Ile-de-France présente toujours une diversité de pays agricoles « Ces campagnes ne se sont qu’en apparence dissoutes en une seule continuité. L’individualité de chaque territoire agraire persiste [cf.Gaston Roupnel] ». L’observateur attentif distinguera différents types d’openfield en fonction de la taille et de la forme des parcelles, des types de cultures, de la présence de boisements épars...

Si l’Ile-de-France n’a jamais été une région bocagère, ses terres agricoles présentaient une certaine spécialisation géographique. Ce temps n’est pas si lointain et les traces en sont bien lisibles dans les paysages d’aujourd’hui : céréales et cultures fourragères sur les plateaux ; cultures maraîchères, prairies naturelles et cressonnières en fond de vallée ; vignes, vergers, pâturages secs sur les coteaux, en fonction de l’exposition.
La force de trait requise pour les moissons à l’ancienne nécessitait l’entretien d’effectifs très importants de bœufs et chevaux. Les moutons se contentaient des pelouses sèches des coteaux et profitaient, après la moisson, des repousses des céréales sur les plateaux.
Avant la Révolution, le vignoble d’Ile-de-France, abreuvant Paris, était un des plus étendus de France. Les vignes gelèrent lors du terrible hiver 1709. Le vignoble fut ensuite détruit aux deux-tiers par le phylloxera à la fin du siècle dernier. Une petite production locale subsista jusqu’en 1950 dans les secteurs les plus favorables.
Les vergers traditionnels (pré-vergers plantés d’arbres de plein vent) ont très fortement régressé sous l’effet de la spécialisation régionale (sud-est de la France), de la rationalisation des cultures fruitières (haie fruitière sur sol désherbé, variétés les plus productives). Les vergers encore en production sont cantonnés à quelques secteurs spécialisés.
Il ne subsiste que des lambeaux de la ceinture horticole et maraîchère qui s’était développée autour de Paris. Elle constituait pourtant « un centre de production qui n’a pas eu son pareil ailleurs en France [1] ». Ses productions locales à haute valeur ajoutée étaient obtenues grâce à une grande technicité. Elles ont mal résisté à la pression urbaine, à l’évolution des marchés et des transports, au développement des cultures hors sol et à la concurrence d’autres régions. Les productions horticoles restent concentrées autour de Paris, mais se réduisent et s’éloignent progressivement. Ce mouvement centrifuge est contraire à celui qui avait motivé leur installation le plus près possible du grand marché parisien.
Un terroir, de même qu’un milieu naturel, est l’expression d’un sol (d’une terre). Ce concept n’a pas d’équivalent dans d’autres langues [2]. Les terroirs sont caractérisés par la conjonction de terrains particuliers, de microclimats, de variétés locales, de techniques adaptées et de savoir-faire. Le recul des productions spécialisées a contribué à l’effacement des terroirs d’Ile-de-France, et par là à une perte d’identité régionale. Cependant, il existe encore des terroirs vivaces ou relancés, même en grande culture (comme l’orge du Gâtinais).
L’implantation des fermes, isolées ou insérées dans les villages, ainsi que les types de bâtiments agricoles, sont déterminés par les systèmes d’exploitation. Les machines agricoles présentaient aussi des adaptations locales, en fonction de la nature des sols (argileux, sableux, caillouteux…) et de la configuration des parcelles. Un outillage spécifique a été développé pour les cultures spécialisées (cresson, apiculture, plantes médicinales…).
Les paysages agrestes de l’Ile-de-France ont inspiré les peintres. Ceux de l’École de Barbizon se sont partagés entre la forêt avec Rousseau pour chef de file, et la plaine avec Millet pour chef de file. Ces derniers se sont focalisés sur les villages, animaux domestiques et personnages. Par la suite, les impressionnistes, notamment Van Gogh, ont immortalisé les plateaux du Vexin [3].

François Dugeny, Christian Thibault
[1] Inventaire du patrimoine culinaire de la France, Ile-de-France, Conseil national des arts culinaires, Conseil régional d’Ile-de-France, Editions Albin Michel, Paris, avril 1993.
[2] Christian Brodhag, Les enjeux de l’information en langue française sur le développement durable, Université d’été francophone développement durable et systèmes d’information, Saint-Étienne, 5-9 juillet 1999. Voir lien Agora 21
[3] Bernard Dorival, Histoire de l’art, volume 4, Encyclopédie de la Pléïade, Gallimard, Paris, 1969.