
À l’instar du réseau des villes et villages qui composent (avec l’agglomération centrale) l’armature urbaine de la région, le réseau des voies de communication, du fait de son histoire et de sa spécificité, constitue une part du patrimoine francilien. On a vu que la présence de Paris et de Versailles a engendré en Ile-de-France une grande densité de tracés classiques, auxquels sont venus s’ajouter de nouveaux tracés issus de l’émergence du chemin de fer, puis de l’automobile, centralisme et modernité oblige [1]. Comme les villes et les campagnes qu’ils structurent, ces voies font partie de notre patrimoine et leurs tracés d’origine sont étroitement dépendants du territoire qu’elles desservent et qui les a fait naître, bien qu’elles se soient progressivement dégagées de la géométrie qu’il leur dictait : dans deux dimensions d’abord, lorsqu’elles ont concrétisé le pouvoir royal à l’échelle de la France, dans les trois dimensions ensuite, lorsqu’il s’est agi de réaliser des tracés répondant à des logiques de vitesse mécanique « Le chemin est l’origine de tous les labours. Matériellement parlant, il les engendre : ils descendent de lui, ils sortent de lui. Dans cette intime association (…) le chemin est tout autant une conséquence des champs que ceux-ci sont l’œuvre des chemins. Ce ne sont donc pas des destinations qui règlent la direction et le tracé de la voie. Ce qui donne ce règlement, c’est le champ, c’est-à-dire le sol, son relief, même sa géologie [2] ». Les chemins, qu’ils soient romains ou médiévaux, sont donc autant d’éléments du patrimoine primitif attaché à un territoire, ce qui milite aujourd’hui plus que jamais pour leur préservation.

Le réseau des tracés classiques s’est affranchi des contraintes de la parcelle afin que « les ouvrages de pavé qui seront faits de nouveau par les ordres de sa majesté soient conduits du plus droit alignement que faire se pourra (…) sans aucune distinction à travers les terres des particuliers [3] » ; en allant de cœur de ville à cœur de ville et en collant au relief, ce réseau s’est toutefois parfaitement intégré aux paysages d’Ile-de-France qu’il a contribué à structurer et à caractériser. Il n’en est pas de même des tracés « mécaniques » apparus à partir du XIXe siècle, chemin de fer d’abord, autoroutes et déviations ensuite, que les contraintes de la vitesse ont amené à dégager progressivement des contraintes du plan et du relief, en évitant les centres-villes, en usant de remblais et de déblais. Hors les récentes lignes de TGV et de RER, le chemin de fer fait toutefois partie intégrante du patrimoine francilien, en particulier parce qu’il est indissociable du paysage impressionniste qui a contribué à forger et à diffuser l’image du paysage français par le monde [4].

En Ile-de-France, une place particulière doit également être réservée au patrimoine lié à l’eau: non seulement aux ponts, lavoirs, fontaines, puits… qui participent à l’environnement quotidien des villes et villages, mais aussi aux grands ouvrages d’adduction d’eau (aqueducs et réservoirs, qu’il s’agisse d’alimenter la population ou de contribuer à son agrément [5]) ou d’amélioration des conditions de navigation (canaux, écluses, tunnels, usines élévatoires…) dont l’existence est, plus encore peut-être que pour d’autres éléments du patrimoine, intimement liée à la géographie de son territoire.
François Dugeny, Christian Thibault
[1] Cf. à ce sujet les chapitres de « Trois siècles de cartographie en Ile-de-France » traitant de la carte des Chasses, de la carte d'Etat-Major et de la carte de France type 1922, in Les Cahiers de l’IAURIF n°119, décembre 1997.
[2] G. Roupnel, op. cit.
[3] Ordonnance de 1705, promulguée par Chamillard, successeur de Colbert.
[4] Cf. Paysages perçus, paysages rêvés, paysages vécus, in Les Cahiers de l’IAURIF n°117-118, octobre 1997.
[5] Cf. notamment « Trois siècles de cartographie en Ile-de-France » pp. 46 à 59 sur les grandes étapes de l’aménagement des voies navigables en Ile-de-France et pp. 130 à 135 sur l’alimentation en eau de Versailles, in Les Cahiers de l’IAURIF n°120, janvier 1998.