Du consommateur au consomm'acteur

Interview

24 janvier 2017Éric Guerquin

Éric Guerquinest président de UFC Que Choisir Île-de-France, membre du Ceser Île-de-France

Quelles sont les attentes des consommateurs aujourd’hui ?

É.G. : Pour le consommateur, le point clé est de savoir ce qu’il a dans l’assiette et de connaître la composition des produits qu’il achète. Il doit faire face à des produits de plus en plus élaborés. Mal informé, il ne peut pas maîtriser son alimentation et sa santé. Après, les attentes sont très variables selon le profil des consommateurs. Pour beaucoup, la priorité reste le prix. Viennent ensuite les préoccupations en lien avec l’environnement, le « manger local », le commerce équitable, les pratiques religieuses…

Face au développement des labels et des marques, le consommateur arrive-t-il à se repérer ?

É.G. : Le développement de l’information est nécessaire sur la qualité nutritionnelle, l’origine des produits et le mode de production… Ce qui perd le plus le consommateur, ce sont les allégations marketing.

Y a-t-il une défiance des consommateurs vis-à-vis du système alimentaire ?

É.G. : Le fonctionnement du système alimentaire est souvent remis en cause, en particulier les marges prises par chaque intermédiaire : « le fameux effet cliquet » qui consiste à ne pas répercuter les baisses de prix agricoles mais toujours les hausses, avec un rapport perdant-perdant pour les agriculteurs et les consommateurs. Sur la période 2000-2011, la marge réalisée par l’industrie et la distribution est estimée à 7,7 milliards pour le poulet et à 1,6 milliard pour le lait1.

Par ailleurs, les scandales alimentaires ont eu indéniablement un impact fort pouvant conduire au boycott massif d’un produit, à l’effondrement d’une filière. Depuis 2002, l’indication de l’origine est obligatoire pour la viande bovine fraîche, réfrigérée ou congelée mais toujours pas en tant qu’ingrédient... Début 2016, plus d’un produit transformé sur deux ne mentionne pas le pays d’origine de la viande entrant dans sa composition2...

Le consommateur francilien est–il un consomm’acteur ? Quels sont les enjeux pour la consommation de demain ?

É.G. : Tous secteurs confondus, la traçabilité des aliments arrive en tête des préoccupations pour les consommateurs franciliens (81 %), l’agriculture respectueuse de l’environnement (64 %) en 5e place3. Cela montre la conscientisation des consommateurs face au défi alimentaire.

Le gaspillage alimentaire ressort comme un grand enjeu collectif sur lequel chacun peut agir (industriels, restauration collective, consommateurs) : baisse des prix à l’approche de la date de péremption des produits, diminution des portions dans les cantines en autorisant les convives à se resservir, consommation de fruits et légumes hors calibre (exemple : concombres tordus)… La motivation environnementale pour le développement du bio est également très nette. L’intérêt pour les produits de proximité fait redécouvrir la saisonnalité, même si, ne l’oublions pas, les deux fruits les plus consommés en Île-de-France sont les bananes et les oranges qu’il sera difficile de faire pousser localement !

Propos recueillis par Laure de Biasi

1Source : UFC Que Choisir.

2Ibid.

3Consultation UFC Que Choisir 2015 comprenant 5 800 réponses : la 2 préoccupation porte sur les tarifs de l’énergie (78 %), la 3e sur le respect des données personnelles (71 %) et la 4e sur la distribution du courrier 6j/7 (65 %).

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