Christian Lefèvre, Université Paris 8, Anne-Marie Roméra
22@Barcelona : le projet de développement est fortement lié à la fois à la dimension urbaine et aux caractéristiques du territoire, Poblenou. La légitimité du projet est donnée par le pilotage du public (la municipalité de Barcelone) et son inscription dans le plan stratégique. Par ailleurs, le projet est mis en œuvre de manière négociée et la flexibilité est la règle. Ci-dessus, Barcelone.- Photo : © Bordes-Pagès (Elisabeth), IAU-îdF
Thames Gateway : il s’agit d’un ensemble de projets dont l’ambition finale est la production d’un nouveau territoire urbain. Le sens des divers projets est donné par des documents stratégiques, mais ceux-ci restent flexibles. Dans l’ensemble, c’est le pragmatisme qui domine avec des relations étroites entre les secteurs public et privé, même si ce sont les acteurs publics qui continuent à fixer les cadres de l’action. Ci-dessus, Londres. Greenwich Millenium Village.- Photo : © Lecroart (Paul), IAU-îdF
Parco VEGA : le projet s’inscrit dans la construction d’une nouvelle centralité urbaine. Il tire une légitimité forte du pilotage par la municipalité de Venise, il reste relativement autonome des autres projets de développement économique. Si le projet, dans son déroulement, apparaît négocié et flexible, il s’agit plutôt d’une attitude pragmatique des responsables municipaux que d’une conception a priori de sa mise en œuvre. Ci-dessus, Venise.- Photo : © D.R.
Adlershof : le projet ne s’inscrit pas directement dans la fabrication d’un morceau de ville mais garde des liens significatifs avec le patrimoine économique du territoire. Le projet est fortement contrôlé par le public (le Land de Berlin) et reste largement autonome du reste de la métropole. Sa mise en œuvre est plutôt contraignante et rigide (document unique de développement).
Juin 2007
Les métropoles européennes sont au coeur des transformations économiques, sociales et politiques des sociétés modernes.
L'IAU île-de-France a lancé en 2005-2006 un séminaire sur "les modalités de mise en oeuvre des stratégies de développement économique par des métropoles européennes".
Six projets ont été retenus :
Ces études de cas sont présentées selon une grille de lecture comparée prenant en compte la conception du développement économique que porte le projet, la légitimité du projet et l'organisation, la démarche du projet.
L'analyse des projets tient compte du rôle de la crise industrielle, de la taille de la métropole et de la diversité des projets.
On peut ainsi observer :
La conception du développement
Les projets ont pour points communs de ne pas faire table rase du passé. Ils comportent des risques et accordent une grande importance aux relations entre universités et entreprises.
Les auteurs remarquent que "le grand projet" n'est pas indispensable au développement et certaines métropoles ne dissocient pas développement économique et développement du territoire dans leur approche du projet. De plus, la concurrence entre projets augmente avec la taille de la métropole. Enfin, la relation universités-entreprises n'est pas toujours une réalité, mais elle a comme vertu de mobiliser les acteurs.
La démarche de développement
Les six métropoles communiquent sur les projets de façon très optimiste. De plus, les projets sont généralement liés à des stratégies plus larges. Enfin, les métropoles innovent dans l'organisation des projets : elles favorisent les partenariats public-privé. Cependant, deux points font débat : la flexibilité des projets peut être vue comme un principe ou peut être pragmatique, dans le cas de projets initialement trop rigides. De plus, la stratégie légitimise les projets et augmente la capacité d'action collective. Elle permet également d'arbitrer et de fixer les complémentarités.
Le rôle du secteur public
Dans la plupart des projets analysés, les pouvoirs publics, qu'ils soient nationaux, supra-nationaux (Europe) ou régionaux, maintiennent leur rôle traditionnel d'initiateur, de financeur et de gestionnaire des projets. On observe cependant des initiatives innovantes dans la façon dont le public gère certains projets. L'ampleur des financements publics dépend des projets, mais reste importante. Ils proviennent pour une grande part de fonds européens. Des structures d'interventions sont parfois créées spécialement pour gérer les projets. Selon les projets, le secteur privé a une part plus ou moins importante dans le principe de gouvernance. À Londres, Venise et Milan, le privé est fortement sollicité par le public et il devrait avoir une bonne implication dans le projet en cours de Zuidas.
La question de la légitimité
La légitimité constitue l'un des points cruciaux de l'effectivité des projets de développement. Parmi les points communs aux six projets, on constate que la légitimité est souvent produite par un acteur leader de la métropole. La légitimité passe souvent par la production de sens et de symboles. Pour cela, certaines métropole ont souvent recours à l'histoire du territoire.
Pour d'autres projets, le sens est donné par une nouvelle vision du futur, ou par le recours aux caractéristiques de la société locale. Les auteurs notent quelques points de débat. L'ouverture à d'autres acteurs se traduit souvent par un affaiblissement du rôle de l'État dans les projets. La plupart des projets analysés souffrent d'un déficit démocratique car ils impliquent peu les habitants dans le processus de réalisation du projet.
Dans un second temps, les auteurs tirent les enseignements de l'étude comparée de ces projets pour l'Île-de-France, confrontée aux mêmes questions que les métropoles analysées.
Autres études dans le même domaine :
Aménagement urbain | Recherche urbaine
Comparaisons internationales | Planification et développement du territoire
Développement économique | Stratégies de développement
Métropole : Barcelone, deuxième ville industrielle d'Espagne
Population : 2,9 M. d'hab.
Superficie : 200 ha
Stratégie : un développement économique fondé sur la durabilité, l’emploi et la formation
Métropole : Venise, PIB supérieur de 22 % à la moyenne européenne
Population : 0,9 M. d'hab.
Superficie : 35 ha
Objectif : asseoir une partie du développement économique de la métropole vénitienne
(5e port d’Italie) sur l’économie de la connaissance
Métropole : Berlin (Allemagne), ville la plus endettée d’Europe
Population : 3,5 M. d'hab.
Superficie : 420 ha
Stratégie : un lien en qui semble réussi entre les entreprises et l’université
Métropole : Amsterdam, capitale économique et culturelle
Population : 1,5 M. d'hab.
Superficie : 275 ha
Stratégie : plutôt un label symbolisé par une architecture de qualité et l'engagement d’acteurs financiers de poids
Métropole : Londres (Royaume-Uni)
Population : 7,4 M. d'hab.
Superficie : non pertinent
Stratégie sur quatre thèmes : les infrastructures et les espaces, les gens, les entreprises et, enfin, la promotion de la ville
Métropole : Milan, capitale économique, premier centre bancaire italien et quatrième centre financier européen
Population :3,7 M. d'hab.
Superficie : 250 ha
Stratégie : cinq orientations que sont l'environnement, des stratégies territoriales, les ressources humaines, l'innovation et développement, la coopération institutionnelle (de nouvelles formes de gouvernement)