La ville évolue et nécessite l'adaptation de ceux qui la font. Sur le théâtre de la ville à venir, l'ensemblier, en qualité d'acteur de l'urbanisme, devra être en capacité de comprendre les enjeux et de s'adapter à l'inévitable mutation des projets urbains.

« Qui fera la ville de demain ? » s'interroge Alain Bourdin, Directeur de l'Institut français d'urbanisme (Ifu), dans le Cahiers n° 149 "Envies de villes". Dans sa réponse, il dresse en filigrane le portrait de l'ensemblier, qu'il qualifie d'outil pour la ville.
Partant de cette problématique et dans le cadre de la sortie de son Cahiers n° 149, l'IAU île-de-France organisait le 10 février dans ses locaux une table ronde consacrée à la démarche d'ensemblier dans le projet urbain. Ce débat réunissait des spécialistes et des acteurs de l'aménagement : Soizick Angomard, directrice adjointe de la société d'aménagement de la métropole ouest-atlantique (Samoa), Christian Le Petit, directeur général des services techniques de Rennes Métropole, Nadia Arab, maître de conférence à l'Ifu, et Thierry Vilmin, consultant et auteur d'un ouvrage intitulé "La maîtrise d'ouvrage urbaine". Le grand témoin de cette demi-journée était Mireille Ferri, vice-présidente du Conseil régional d'Île-de-France chargée de l'aménagement du territoire et de l'égalité territoriale.
Outre la définition de la notion d'ensemblier, l'enjeu du débat était d'exposer le rôle des acteurs dans l'évolution des projets d'aménagement. Il s'agissait également d'évaluer l'efficacité de la démarche d'ensemblier pour faire la ville de demain.
Lors de cette table ronde, les participants se sont accordés à dire que l'ensemblier se positionne du côté de la maîtrise d'ouvrage. Il ne désigne pas une personne mais une chaîne d'acteurs qui combine les compétences et les savoir-faire pour piloter des projets à fort niveau de technicité. La transversalité est une notion fondamentale dans cette démarche où de nombreux échelons sont concernés : technique, économique, social, culturel, éducatif et politique. Enfin, l'échelle du projet nuance la définition ; ainsi les enjeux sont différents entre un projet au niveau local et un aménagement d'envergure intercommunale.
Comme l'ont précisé Nadia Arab et Thierry Vilmin à propos de la formation aux métiers de l'urbanisme, l'ensemblier a un rôle de négociation avec les porteurs d'intérêt et doit être doté d'une aptitude à l'analyse stratégique. D'où l'importance des relations humaines entre les "acteurs", au sens sociologique du terme. Lors de la discussion avec la salle, le territoire "Île de Nantes" a été cité pour sa réussite rendue possible grâce aux bonnes relations entre le député-maire de la ville et le directeur de la société d'aménagement de la métropole. Les intervenants ont insisté sur le contexte relationnel entre les politiques et les techniciens qui doit être favorable pour la bonne réalisation des projets. L'ensemblier est tributaire de conjonctures politiques et se confronte à des défis d'innovation importants, ce qui introduit une part d'incertitude à laquelle il doit être préparé.
En conclusion, il est apparu que les projets urbains de demain nécessiteront un niveau d'expertise élevé et propre à chaque territoire.
Cette table ronde a montré que l'ensemblier pourra répondre à ce besoin par sa capacité à fédérer des compétences, et à créer de nouveaux savoirs.
Amélie Darley Gwenaëlle Zunino
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