Dans le cadre la sortie du n° 150 des Cahiers sur la mobilité durable en Europe, L'IAU îdF a organisé le 2 juillet deux tables rondes sur les transports de voyageurs et de marchandises en Europe : confrontations métropolitaines Londres, Madrid, Paris et les enjeux pour l'Île-de-France des grands flux internationaux de marchandises.

La mobilité durable suppose un lien entre aménagement des territoires, efficacité du système de transport et qualité de vie, dans une agglomération de plus en plus dense et compacte. Les autorités organisatrices (AO) de transport ont un rôle central dans un contexte où il est nécessaire de s'interroger sur la gouvernance, le partenariat public-privé et le financement d'infrastructures dont le coût est sans précédent.
Après une introduction de Sophie Laurent (chargée d'études transport - IAU îdF), la première table ronde, animée par Alain Meyère (directeur du département mobilité et transports - IAU îdF) a réuni trois représentants des trois AO : Carlos Cristóbal-Pinto pour le CRTM-Madrid, Steve Kearns pour le Tfl-Londres et Jean-François Helas pour le Stif-Paris.
En matière de développement durable, l'expérience de Londres se révèle fort éclairante. La mise en place de deux péages urbains (réduction de 60 000 véhicules/jour entre 2002 et 2008) a dégagé des bénéfices (130 000 £) utilisés à 80 % pour l'achat de nouveaux bus et l'augmentation des fréquences, et à 20 % pour l'aménagement en faveur des cyclistes (lancement Vélib' en 2010) et des piétons.
A Madrid, un effort spectaculaire d'investissement de la communauté autonome a permis de construire 56 km de métro par an trois années de suite. Cela a été rendu possible par un niveau de concertation moindre, l'utilisation de nouvelles technologies et une direction technique réduite (prises de décisions rapides). L'expérience de Madrid est intéressante pour l'Île-de-France souvent confrontée à des difficultés de coût et de durée des constructions d'infrastructures, sur des problèmes d'ingénierie et de financement.
Malgré la crise, l'Île-de-France a voté un plan de mobilisation de 18 milliards d'euros en partenariat avec la ville de Paris, les conseils généraux, la RATP, la SNCF et Optile. De son coté, l'Espagne à annoncer un nouveau plan de chemins de fer de banlieue (2009-2015) qui agrandira le réseau de Madrid. Finalement, ce sont de solutions de financement robustes dont les métropoles européennes ont besoin avant tout.
La seconde table ronde, introduite et animée par Lydia Mykolenko (chargée d'études transport - IAU îdF), a réuni Christian Feuvre du port maritime du Havre, Hervé de Tarade du groupe maritime CMA-CGM et Michel Savy, professeur à l'université de Paris-Est.
Les transports maritimes de marchandises ont représenté 7,4 milliards de tonnes en 2006 (trois quarts des échanges entre les pays). Les flux maritimes ont été un des principaux facteurs contribuant à l'augmentation des échanges internationaux et à l'accélération de la mondialisation. Cette situation renforce le rôle des ports maritimes, véritable porte d'entrée, et nécessite de les adapter à l'accueil de porte-conteneurs de plus en plus grands. Les besoins d'investissements pour rester compétitifs sont gigantesques : extensions des ports (Anvers, Rotterdam,... ), massification des flux sur les grands corridors, notamment le nord-sud, mutation organisationnelle des flux européens de marchandises,... Le troisième groupe mondial de transport maritime en conteneurs, CMA-CGM, et le Port du Havre, premier port français pour le trafic de conteneurs, estiment indispensable d'offrir des solutions ferroviaires, routières et fluviales intégrées, même si le transport routier domine largement le transport de marchandises à terre.
« On ne parle plus de marchandises de port à port mais de porte à porte avec une cohérence de la chaîne » affirme Michel Savy. La nécessité de deux plates-formes logistiques de massification (en plus de Gennevilliers) semble incontournable en ÎdF pour gérer les flux du Havre et du Nord. La constitution de grands corridors de fret au départ des grands ports maritimes est devenue un enjeu de première importance, relayé au cœur de l'agglomération par un transport routier (propre) ou alternatif pour la desserte fine du territoire (enlèvement et livraisons). La compétitivité des modes alternatifs nécessite un accès au plus proche des lieux de destination : plate-forme au cœur de l'Île-de-France.
Au moment de la réforme des grands ports maritimes, l'innovation en matière de logistique urbaine prend toute son importance, à l'instar d'expériences réussies : plan fret de Londres, distribution urbaine par unité fluviale à Utrecht, tramway pour le fret a Amsterdam, transport de palettes par voie d'eau à Bruxelles.
Télécharger le podcastDurée : 3h32
Confrontations métropolitaines Londres, Madrid, ParisSophie Laurent, IAU îdF
CRTM-MadridCarlos Cristòbal-Pinto, CRTM-Madrid
Transport in LondonSteve Kearns, Tfl Londres
Les grands flux internationaux de marchandises ; quels enjeux pour l’Île-de-France ?Lydia Mykolenko, IAU îdF