À l'occasion de la parution du n° 152 des Cahiers : « Composer avec l'environnement », l'IAU île-de-France a réuni des experts et des professionnels pour éclairer et débattre du rôle de la prospective pour l'environnement.

L'intérêt que l'État porte à la prospective s'est traduit récemment par une « mission prospective » au sein du Ministère du développement durable (Claude Spohr, MEEDDM). La prospective est un outil avec ses méthodes pour construire collectivement les territoires de demain : à un questionnement et des enjeux, il faut à l'autre bout une finalité stratégique. Une partie des solutions aux problématiques environnementales va être locale, que ce soit par rapport au réchauffement climatique, à la gestion des ressources de biomasse, à la prévention des risques naturels... D'où l'importance de développer des démarches de prospective territoriale, présentées dans l'ouvrage « Vers une prospective territoriale post-Grenelle de l'environnement » (novembre 2009).
Pour Véronique Lamblin (Futuribles), la prospective est une « façon de penser ». Le futur n'est pas prévisible, car les systèmes sont trop complexes. Aussi, la prospective ne prétend pas prévoir ce qui va se passer demain mais explore des futurs possibles pour prendre les bonnes décisions et construire un futur plus souhaitable. La prospective « c'est voir loin, c'est voir large, c'est voir profondément » disait Gaston Berger, un des fondateurs du groupe de prospective Futuribles. Véronique Lamblin a repris cette citation pour développer le lien entre prospective et environnement :
Au CESR, représenté par Gérard Ader, la question de la sécurité alimentaire, avec la dimension environnementale, est à l'étude. Le Conseil s'interroge sur « la capacité de la production agricole et agroalimentaire de l'Île-de-France à répondre aux besoins alimentaires des Franciliens ».
Pour Yann Françoise (Ville de Paris), la première difficulté est bien de parvenir à concilier l'action quotidienne avec la prospective environnementale et la planification. La Ville de Paris se trouve face à ce défi avec la mise en œuvre de son « plan climat » élaboré pour anticiper le changement climatique, et touchant à toutes les sphères de l'environnement. À titre d'exemple, le plan climat comporte un objectif 30 % d'agriculture biologique pour les 30 millions de repas servis dans les cantines.
Mais l'offre locale de produits biologiques est insuffisante pour répondre à de tels besoins et cela imposait d'importer ces produits d'autres régions, voire d'autres pays. En pensant apporter une solution écologique à un problème donné, il est donc nécessaire de penser à tous ses effets « collatéraux » (ici les transports et le maintien des emplois agricoles locaux).
De son côté, Pascal Dagron (AC3A), a participé au développement d'une démarche dite de « prospective préventive », intégrant les acteurs locaux pour faire émerger des projets de territoire. Au travers d'une réflexion collective, les acteurs locaux acquièrent une vision partagée d'une situation. Ils ont alors la capacité de proposer un patchwork de perspectives possibles à moyen terme et dans lesquelles ils s'inscrivent. Ils sont acteurs dans les projets. Cette démarche a été mise en œuvre avec de nombreux agriculteurs de l'Arc atlantique. Mais Pascal Dadron remarque que « le monde agricole est pragmatique, il ne veut pas d'incertitude ».
Pour Pierre Clavel (AEV), ces bonnes volontés ne sont pas suivies par la prospective territoriale et en particulier pour les espaces agricoles périurbains. La consommation des espaces agricoles en Île-de-France est de l'ordre de 1 100 ha/an (contre 1 700 ha/an jusque dans les années 1999) mais l'extension en tache d'huile continue. L'enjeu est de réserver le terroir agricole pour assurer une sécurité alimentaire des populations, garantir la qualité des produits et le développement de l'agriculture biologique. Mais actuellement, les documents d'urbanisme ne prennent pas en compte l'économie agricole.
Pour François Huart (AEV), cette démarche doit passer par une stratégie de production et de transformation locale dans une perspective de durabilité de l'activité agricole francilienne.
Dans sa troisième partie, la table ronde a abordé la participation des habitants. Ce qui est intéressant, remarque Sophie Guillain, c'est que les citoyens abordent les questions avec leur expérience. Leurs propositions dépassent les contraintes réglementaires, administratives et techniques. Sophie Guillain (Res publica) est toujours étonnée de voir comment les citoyens réussissent à construire collectivement, malgré leurs différences, et de manière assez judicieuse, parfois dans la même optique que ce qui a été décliné de manière très analytique par les techniciens.
Le résultat de « leur production » peut être un avis dans le cadre de conférences citoyennes, mais aussi une production d'images, de dessins, de reportages photos, dans le cadre de concours organisés. Ils interviennent donc à un niveau stratégique en éclairage des choix que les politiques, les élus, auront à faire.
Bruno Maresca (Crédoc) a insisté sur la difficulté à penser le long terme et à imaginer un monde avec des ruptures fortes. Pour lui, il est nécessaire qu'un collège d'experts réfléchisse sur une problématique environnementale donnée, pour formaliser le système d'interactions concerné, son évolution possible et ainsi construire des scénarios... La participation du citoyen est souhaitable et légitime dans une deuxième étape : il donne son avis sur les scénarios proposés par les experts par rapport à ses propres aspirations et attentes. La question d'une nouvelle organisation de l'action publique qui associerait les citoyens dès le départ de la démarche, tout en positionnant l'expert dans son apport de savoir et d'expertise, a été posée depuis la salle. La question de l'apport d'information aux citoyens, nécessaire à la compréhension d'une problématique environnementale, fait débat : comment en effet apporter une information neutre ? Qui est l'expert ? Qui est le citoyen ?...
Finalement, Bernard Cauchetier (IAU île-de-France), a précisé que « tous les citoyens sont experts dans leur domaine et les experts sont des citoyens ».
L'autorité publique doit laisser une place à la participation des citoyens, par une démarche de démocratie participative qui côtoierait la démocratie représentative.
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FuturiblesCentre d'étude et de réflexion prospective
MEEDDMMinistère de l’Écologie, de l’Énergie, du Développement durable et de la Mer
AC3AAssociation des Chambres d'Agriculture de l'Arc Atlantique
Res publicaConseil stratégique, d’accompagnement, de formation, d’évaluation dans le domaine du management des parties prenantes
CrédocCentre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie