
Penser à l'échelle du Bassin parisien est « une incitation à rechercher des complémentarités entre les régions » a souligné Alain Amédro, vice-président du conseil régional d'Île-de-France en charge de l'aménagement du territoire, de la coopération interrégionale et des contrats ruraux, et grand témoin de cette table ronde organisée par l'IAU îdF.
Et c'est bien là qu'est l'enjeu ! Ce vaste territoire de huit régions, représenté par la C8 (conférence des présidents des huit Régions du Bassin parisien), avec ses 190 000 km2 (35 % du pays) et 25 millions d'habitants (42 % de la population française), est un système métropolitain composé d'aires urbaines distinctes qui s'articulent autour d'une aire centrale, l'agglomération parisienne. La coopération institutionnelle ou économique à l'échelle interrégionale est essentielle pour s'imposer dans l'économie mondialisée ont affirmé Élisabeth Faguer et Florian Soulard dans leur présentation.
Derrière la notion de « méga-région » se cache l'enjeu de l'intégration du Bassin parisien dans la mégalopole nord-européenne (ou dorsale européenne) qui s'étend du Grand Londres à Milan.
Pour Ludovic Halbert, il n'y a pas de concurrence mais des complémentarités entre ces pôles. Il parle de « mondialisation des voisins ». Il va même plus loin en considérant que le Bassin parisien est un système qui s'organise à l'échelle nationale, pour laquelle il est un véritable levier de développement.
Face à de telles ambitions, la question de la gouvernance du Bassin parisien a été posée. Christian Devillers considère que ce territoire nécessiterait un gouvernement d'agglomération. À l'instar de l'aire urbaine de Reims, où une coopération entre maires et présidents d'intercommunalité des dix agglomérations voisines (le G10) offre un cadre qui permet aux élus de se rencontrer et d'engager une réflexion prospective pour une nouvelle dynamique territoriale. La C8 va dans ce sens en introduisant un cadre commun de référence, ce qui par ailleurs fait l'objet d'une publication de l'IAU îdF « Perspectives Bassin parisien ».
Plusieurs échelles sont donc à considérer. La disproportion entre l'Île-de-France et les autres régions, soulignée par Denis Tersen, n'est pas forcément un handicap. Des dynamiques économiques sont possibles, par exemple pour le secteur tertiaire où des fonctions productives (centre d'appel, plate-forme téléphonique, ...) en région compléteraient des fonctions « abstraites » (sièges sociaux) localisées dans la majorité des cas à Paris. L'objectif est plutôt de se situer par rapport à l'axe européen Londres, Bruxelles, Paris, Lyon.
Des flux interrégionaux et les migrations quotidiennes dans le Bassin parisien, décrits par Vincent Fouchier, témoignent de la présence d'échanges sur ce territoire. À titre d'exemple, l'augmentation globale des navettes domicile/travail confirme la tendance : l'Île-de-France aspire et envoie des flux.
Néanmoins, les défauts d'accessibilité sont un frein au développement du Bassin parisien. Certaines grandes villes de province sont plus proches en temps du cœur économique que d'autres plus proches en distance. C'est le cas par exemple de Lyon, Grenoble ou Bordeaux grâce au TGV. Cet effet « tunnel », tel que le définit Francis Beaucire, maintien les disparités et redessine une géographie des distances-temps.
Ainsi, les aires d'influence des différents pôles du Bassin parisien ne sont, pour une bonne part, reliées que par la voiture, ce qui pose, notamment, la question de la mobilité durable.
Pour Jean-Claude Gaillot, il y a plusieurs urgences à traiter :
Pour René Anger, les projets d'infrastructure, en tant que tels, ne sont pas gage de développement (il a cité l'exemple de la gare TGV de Haute-Picardie) s'ils ne sont pas accompagnés d'une réflexion plus globale.
Après la parution du Cahiers n° 153 en février dernier, cette table ronde a mis l'accent sur l'interdépendance des niveaux d'échelle : régionale, nationale et européenne. Chaque territoire ne peut faire ses choix de développement et d'aménagement sans tenir compte des territoires voisins. Le Bassin parisien se pense désormais à toutes les échelles, c'est l'enjeu de son essor.
L'ensemble du travail accumulé par l'IAU îdF (séminaires scientifiques, études et publications, table ronde...) peut constituer la base d'un centre de ressources en mesure de produire des éléments d'analyse et de prospective à l'échelle du Bassin parisien.
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