L'IAU juré au prix de thèse sur la ville : pourquoi ?

Interview de Virginie Malochet

30 août 2016

Virginie Malochet, sociologue à la mission prévention sécurité, a participé au jury du Prix de thèse 2016 sur la ville, organisé par le PUCA, l’APEREAU Internationale et l’Institut CDC pour la Recherche - Caisse des Dépôts. Ce Prix a pour objet de récompenser les meilleures thèses de doctorat soutenues en France ou à l’étranger, rédigées en langue française, et traitant de la ville.

B.G. : L’originalité de ce jury est d’être constitué à parts égales de chercheurs et de professionnels. Qu’apporte cette participation aux professionnels en général et à l’IAU en particulier ?

V.M. : Le jury du Prix de thèse sur la ville, c’est d’abord un espace de rencontres et d’échanges très stimulant, une autre manière de renforcer les liens entre le monde de la recherche et celui des praticiens. C’est aussi l’opportunité – et le plaisir – de découvrir des travaux inédits sur la ville, de rafraîchir et d’enrichir ses connaissances, notamment sur l’actualité de la recherche urbaine. Avec ce parti pris volontairement large (qui, pour ainsi dire, recoupe le positionnement de l’IAU) : considérer la ville dans son ensemble, sous toutes ses dimensions, à la croisée des différents champs disciplinaires. Les thèses en lice traitent donc d’objets variés, faisant écho aux centres d’intérêts et aux champs d’expertise de l’IAU (aménagement, habitat, transport, culture, questions sociales, enjeux environnementaux, etc.). Du Grand Paris au périurbain limousin, d’Alger à Tokyo en passant par Riga, Delhi, Rio ou Détroit, ces thèses ont aussi l’intérêt d’ouvrir sur d’autres horizons. Elles donnent de la perspective, permettent de se décentrer et, par-là, de réinterroger notre approche des territoires franciliens.

B.G. : Parmi les 64 candidats en lice en 2016, quels sont les axes et/ou les méthodologies qui ont renouvelé les manières d’aborder les questions vives de l’aménagement et de l’urbanisme ?

V.M. : Ce qui ressort avant tout, c’est la grande diversité des sujets, des dispositifs méthodologiques et des terrains d’étude, ainsi que la richesse des questionnements et des résultats. Ce serait excessif de considérer que toutes ces thèses renouvellent la recherche urbaine, mais chacune à sa manière, et à divers degrès, elles apportent quelque chose à la connaissance de la ville – ce qui, bien souvent, vient nourrir la réflexion sur l’action.

B.G. : Le jury a décerné un Grand Prix et deux Prix Spéciaux. Quels sont les apports de ces trois thèses ?

V.M. : Ces trois thèses reflètent à la fois cette richesse et cette variété. Celle de la géographe Sophie Buhnik s'intitule « Métropole de l’endroit et métropole de l’envers, décroissance urbaine, vieillissement et mobilité dans les périphéries de l’aire métropolitaine d’Osaka, Japon » (Université Paris I Panthéon-Sorbonne - Géographie-Cités, sous la direction de Natacha Aveline et Sylvie Fol). Elle livre une contribution remarquable à la somme des travaux sur la décroissance urbaine (shrinking cities), à travers l’étude des banlieues périphériques (kōgai) de l’aire métropolitaine d’Ōsaka. À partir d’un travail de terrain considérable, elle articule habilement les questions de peuplement, de territoire et de mobilité, et met au jour les effets parfois violents des mutations socio-spatiales en cours. La réflexion critique et nuancée sur le modèle de la compacité urbaine invite à repenser les politiques à l’œuvre, notamment du point de vue de ceux qui continuent d’habiter ces territoires dévitalisés.

La thèse de Thomas Aguilera intitulée : « Gouverner les illégalismes urbains, les politiques publiques face aux squats et aux bidonvilles dans les régions de Paris et Madrid  (Institut d’études politiques de Paris - Centre d’études européennes, sous la direction de Patrick Le Gales) développe quant à elle une problématique de politiste et propose une approche comparée de l’(in)action publique face aux squats et aux bidonvilles dans les régions de Paris et de Madrid. Elle repose elle aussi sur une enquête empirique colossale et décortique la manière dont ces illégalismes de logement sont gouvernés, démontrant que les politiques censées les résorber les produisent et les entretiennent tout autant.

Dans un autre registre, la thèse de physique de Claire Lagesse :  « Lire les Lignes de la Ville. Méthodologie de caractérisation des graphes spatiaux » (Université Paris Diderot - Laboratoire Matière et Systèmes Complexes, sous la direction de Stéphane Douady et Patricia Bordin) adopte un regard morphologique sur la ville, centré sur les réseaux viaires qu’elle traduit en graphes spatiaux. Au carrefour de la physique, de la géomatique et de la géographie, elle élabore une méthodologie de caractérisation de ces graphes, permettant de modéliser et d’analyser les « lignes de la ville », de mettre en évidence les propriétés partagées entre les différents réseaux étudiés et de lire leurs évolutions dans la durée. Bref, il y a matière à apprendre et à méditer !

Propos recueillis par Brigitte Guigou, chargée de mission formation, partenariat recherche

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