Françoise Choay, historienne de l'architecture et de l'urbanisme

08 mars 2018

Portrait

Françoise Choay est philosophe et historienne des théories et des formes urbaines et architecturales. Elle est l’auteure d’ouvrages majeurs, que tous les chercheurs et praticiens consultent régulièrement, comme L’urbanisme, utopies et réalités (1965), La règle et le modèle (1980), L’Allégorie du patrimoine (1992) ou encore, Pour une anthropologie de l’espace (2006).

Étudiante en philosophie, critique d'art, elle est tout d’abord collaboratrice à France-Observateur, à L’Œil et à Art de France. Elle fût notamment la première à écrire sur Yves Klein et sur Jackson Pollock.

Une œuvre en quelques dates clés

• 1965 : L'Urbanisme, utopies et réalités
L'Urbanisme, utopies et réalités : Une anthologie paraît aux éditions du Seuil en 1965, c’est la première fois qu’un tel corpus de 37 auteurs se trouvent réunis. Il comble un manque dans la formation des professionnels tout en faisant connaître des penseurs étrangers (Richardson, William Morris, Camillo Sitte, Georg Simmel…). Ce livre lui ouvre les portes de l’école d’architecture de La Cambre à Bruxelles.

• Dans les années 1970
Sollicitée par Pierre Merlin, fondateur de la section « urbanisme » de l'Université expérimentale de Vincennes, future Institut français d’urbanisme (IFU), elle y devient professeure et y enseigne au-delà de l’âge de la retraite... Avec Pierre Merlin elle codirige le Dictionnaire de l’urbanisme et de l’aménagement (1988, nouvelle édition actualisée, 2010).

• 1980 : La Règle et le Modèle. Sur la théorie de l'architecture et de l'urbanisme.
Elle oppose un mode générique de faire la ville, basé sur la prise en compte du désir, à partir de règles génératives, à la reproduction stérile et aliénante d'un modèle. L'urbanisme d'Haussmann constitue pour elle une illustration réussie de cet urbanisme génératif, basé sur des règles, de gabarit, de taille de rue, de distribution des espaces verts... Elle reçoit l’année suivante le Grand Prix national du livre d’architecture.

• 1994 : « Le règne de l'urbain et la mort de la ville »
Publié dans le catalogue de l'exposition « Ville, art et architecture en Europe, 1870–1993 » pour le centre Pompidou, cet article fait date. Françoise Choay y critique un aménagement urbain inféodé aux réseaux techniques et à leurs concepteurs, qui oublient l'échelle humaine dans la fabrication des villes.
Dans le même temps, ses travaux se consacrent à la notion de patrimoine. Dans L’Allégorie du patrimoine, elle identifie les textes et les pratiques de conservation tant muséale qu'archéologique et urbaine. Elle fait publier en français le livre d'Aloïs Riegl. Cet ensemble de travaux prolonge sa critique de l'urbanisme et cherche à identifier les voies d'un aménagement de l'espace respectueux de l'humain. Elle reçoit le Grand Prix national du patrimoine en 1995.

• 2007 : Pour une anthropologie de l’espace
Ce recueil d’articles (« Mumford au miroir de Friedmann », « La Charte d’Athènes en question », « Patrimoine urbain et cyberspace », « Le concept d’authenticité en question »…) souligne la cohérence de son parcours intellectuel. Cet ouvrage a reçu le prix du livre d'architecture 2007.

• 2011 : Elle reprend l’ouvrage hors-commerce de 1969, Espacements, dont le titre sera celui de sa collection au Seuil, qu’elle actualise et complète, La terre qui meurt. Remarquable dénonciation de la marchandisation des communs qui affecte les territoires et des méfaits d’une patrimonialisation soumise au tourisme et d’une numérisation qui dématérialise notre rapport corporel, sensible au monde.

Françoise Choay à l'honneur

Une rencontre autour de l'oeuvre de François Choay

Le 8 mars 2018, à l'occasion de la Journée internationale du droit des femmes, l'IAU a souhaité mettre en lumière des femmes qui ont marqué le monde si masculin de l'urbanisme, de l'architecture et du design.
Une rencontre s'est tenue autour de l'œuvre de Françoise Choay dont le parcours d'historienne de l'urbanisme, de critique d'art, d'éditrice, de traductrice est exemplaire par sa richesse et sa diversité.
Les discussions étaient modérées par Thierry Paquot, philosophe de l’urbain, entouré de Chris Younès, philosophe, professeure à l’École nationale supérieure d’architecture de Paris-La Vilette et à l'École spéciale d'architecture, Margareth da Silva Pereira, professeure à la Faculté d'architecture et d'urbanisme de l'Université fédérale de Rio de Janeiro (UFRJ), Laurent Coudroy de Lille, urbaniste et historien, maître de conférences à l’École d’urbanisme de Paris et de Bernard Landau, architecte-urbaniste.

Mediathèque Françoise Choay

La médiathèque de l'IAU est baptisée « Médiathèque Françoise Choay ».