Contre ou tout contre le Grand Paris ?

Chronique du périurbain francilien n° 5

12 novembre 2015Contact

Création de la métropole du Grand Paris, refonte de la carte intercommunale… face aux recompositions du paysage institutionnel, les maires du périurbain francilien cherchent, non sans mal, le bon positionnement pour leur commune à travers différents usages de l’intercommunalité.

L’IAU a identifié, sur la base de son enquête dans l’Ouest francilien, trois modes de positionnement parmi les élus étudiés qui oscillent entre une résignation teintée de fatalisme, un protectionnisme territorial ou la quête d’une autonomie par rapport à la centralité parisienne.

Les résignés

Pour ces maires, l’extension progressive de l’agglomération, qui incarne un Grand Paris aux frontières mouvantes, et les redécoupages/fusions des périmètres intercommunaux en grande couronne, sont perçus comme une sorte de mort annoncée de leurs pouvoirs décisionnaires. Menacés d’absorption dans de grandes intercommunalités sans, estiment-ils, qu’on leur en laisse véritablement le choix, ils semblent spectateurs et non acteurs des changements en cours, vécus comme une fatalité. Dans l’attente de savoir « par qui ils seront mangés », ces maires, souvent de petites communes, se contentent d’un usage très fonctionnel de la structure intercommunale d’appartenance. Elle constitue une opportunité de pallier la faiblesse de moyens de leur administration municipale et l’insuffisance des services de l’État… mais elle n’est aucunement pensée comme levier pour se positionner dans la métropole francilienne, comme outil de construction de ce que l’on pourrait appeler un « local intramétropolitain ».

Les sentinelles

Ce terme renvoie à une seconde stratégie consistant à positionner l’intercommunalité dans une démarche de patrimonialisation. Le territoire est pensé notamment à travers le Schéma de cohérence territorial (Scot), comme un rempart face aux avancées du front urbain. Le défendre, c’est protéger la qualité paysagère à laquelle les périurbains sont particulièrement attachés. Ce positionnement défensif peut conduire à des prix du foncier très élevés et une forme d’exclusivisme social, l’intercommunalité devenant un club, plus ou moins fermé, pour reprendre les analyses d’Éric Charmes. Certaines intercommunalités de la Plaine de Versailles étudiées renvoient bien à ce que Philippe Estèbe décrit comme « un mariage endogame » entre communes majoritairement composées de cadres supérieurs. Leurs habitants, tout en profitant du rayonnement de centralités proches, s’inscrivent dans des stratégies de mise à distance, relayées par les maires qui s’opposent à des regroupements qui absorberaient leur commune dans des espaces d’action publique qu’ils jugent trop larges et contraires à leur politique de préservation.

Les Parcs naturels régionaux (PNR) sont emblématiques d’une stratégie territoriale visant à la protection et à la valorisation du paysage. Certes, dans l’ouest francilien, les premiers PNR sont nés d’une forte mobilisation contre la pression urbaine, l’agriculture venant garantir le maintien d’un environnement résidentiel de qualité. Mais aujourd’hui, les PNR franciliens sont porteurs d’expérimentations impliquant l’ensemble des acteurs du territoire. Les actions entreprises ont notamment permis de renforcer le lien entre le monde agricole et les habitants. De « cadre de vue », vitrine ou panorama, les espaces ouverts sont devenus un « cadre de vie » (Monique Poulot) qui fédère les habitants autour d’une nouvelle identité entre « l’être urbain et le penser rural » (Julien Aldhuy).

Les affranchis

Une troisième stratégie consiste à conforter la construction d’un bassin de vie et faire exister un réseau de centralités. Il s’agit, en quelque sorte d’assumer une position périurbaine, porteuse de sa propre dynamique de développement. Les maires cherchent alors à construire un territoire dépassant les frontières communales et disposant ainsi d’une autonomie élargie. Le processus de fabrication territorial de la communauté de communes du Pays Houdannais (Yvelines) est, à cet égard, particulièrement intéressant. Progressivement le périmètre de l’établissement public de coopération intercommunale s’est étendu, dessinant un ensemble qui offre l’essentiel des services de la ville tout en bénéficiant des aménités rurales. Ce territoire intercommunal apparaît alors suffisamment dimensionnée pour faire face aux villes avoisinantes (Mantes, Dreux, Versailles, Saint-Quentin-en-Yvelines), et pouvant peser face au Grand Paris. Au-delà, la volonté d’affirmation d’une autonomie par rapport à la zone dense de la métropole a conduit les élus de ce territoire à rejoindre récemment une Entente. Elle regroupe plus de 300 communes des Yvelines, de l’Eure et de l’Eure et Loir avec un but affiché : exister face au Grand Paris. Par cette démarche, il s’agit d’affirmer le caractère périphérique de ce territoire, son éloignement, tout en le considérant non pas comme un espace dortoir ou une simple « réserve paysagère » mais bien comme un espace de vie à part entière permettant de fidéliser des populations diverses et de les ancrer. Les maires jouent ainsi les « affranchis » face à la puissance de l’agglomération parisienne.

Résignés, sentinelles ou affranchis, face aux avancées du front urbain incarnées par la figure du Grand Paris, les maires s’adaptent à la nouvelle donne institutionnelle.

À suivre…