Le périurbain n’est pas une punition ! De la terre d'accueil à la terre d’ancrage

Chronique du périurbain francilien n° 2

20 novembre 2014Contact

Près des trois quarts de l’Île-de-France, 869 maires, plus d’1 million d’habitants, un ménage sur trois qui vit dans son logement depuis plus de 20 ans, une seconde génération qui souhaite y rester ou y revenir... C’est ça le périurbain francilien !

Où commence, où s’arrête le périurbain ?

Pour les uns, il commence au-delà de la première couronne francilienne, et les villes nouvelles en font partie. Pour les autres, le périurbain se confond avec les espaces ruraux et s’apparente aux communes éloignées de la « profondeur régionale ». Pour d’autres encore, comme les gendarmes, le périurbain est associé aux territoires sensibles sur le plan de l’insécurité (Insécurité en territoires périurbains, Tanguy Le Goff, Virginie Malochet, IAU-îdF, octobre 2012)... Bref, selon « d’où il parle » chacun nourrit sa propre représentation du périurbain. Difficile d’éviter les fantasmes, confusions et débats stériles si on ne parle pas le même langage.

La seule définition qui nous permet de délimiter le périurbain est celle de l’Insee. Une définition évolutive qui repose sur un double critère : un critère morphologique, relatif à la discontinuité du bâti et un critère de dépendance à l’emploi. La couronne périurbaine commence au-delà du pôle urbain parisien, qui s’étend maintenant de Mantes à Melun. (La couronne périurbaine recouvre l'ensemble des communes de l'aire urbaine à l'exclusion de son pôle urbain. Ce sont des communes ou unités urbaines, dont au moins 40 % des actifs résidents travaillent dans le pôle ou dans les communes attirées par celui-ci).

Mais où s'arrête le périurbain ? Pas aux frontières de l'Île-de-France, le périurbain déborde largement ses limites sur les départements voisins, principalement l'Oise, mais aussi l'Eure et L'Eure-et-Loir. Ce sont plus de 200 000 actifs qui résident dans ces territoires et travaillent en Île-de-France.

Bien sûr, comme toute catégorie statistique, elle est contestable et contestée. Elle occulte la réalité des pratiques du quotidien, dont l'observation révèle des territoires de plus en plus autonomes, et qui tendent, pour certains, à se détacher de l'agglomération (Lionel Rougé in Habiter le périurbain, Les Cahiers de l’IAU îdF, n° 161, février 2012). Évitons donc d'en faire une catégorie homogène. Le périurbain est une véritable mosaïque de territoires, avec leurs diversités sociales, morphologiques, paysagères. Et avant tout, les espaces périurbains n'ont pas la même histoire.

Des pionniers… à la génération périurbaine

Prenons les dynamiques de peuplement. La périurbanisation ne s'est pas faite de manière uniforme en Île-de-France. Elle a commencé plus tôt à l'ouest, dès les années 60. Les premiers "aventuriers du quotidien", principalement issus des classes moyennes, investissent des communes, situées à une petite trentaine de kilomètres de Paris qui, désormais, ne sont plus du périurbain. L'habitat pavillonnaire répond alors à une demande sociale, notamment celle de ménages solvables et désireux de quitter les grands ensembles d'habitat collectif, facteur d'un malaise social naissant. Cette phase d'explosion démographique court jusqu'à la fin des années 1980 où son développement commence à ralentir. Un tassement s'amorce dans les secteurs de l'ouest francilien, et s'accompagne d'un déplacement vers les secteurs plus ruraux de l'est seine-et-marnais. L'urbanisation pavillonnaire se reporte alors aux frontières de l'Ile-de-France, voire sur les départements limitrophes. Pour certains territoires, la périurbanisation est donc déjà de l'histoire ancienne : de terres d'accueil, ils sont devenus terres d'ancrage. Et, ce n'est plus de nouveaux arrivants dont il faut parler mais de natifs !

Le périurbain est mort, vive le périurbain !

Avec le temps, le profil des ménages s’est diversifié, terminé le stéréotype des classes moyennes et des familles nombreuses habitant les zones périurbaines et pavillonnaires lointaines. Aujourd’hui, plus d'un ménage sur deux vit seul ou en couple sans enfant. Les séparations et les décohabitations des enfants ont entrainé un accroissement des petits ménages de célibataires et de familles monoparentales. Et la structure par âge est aujourd’hui aussi variée que celle des communes denses de l’agglomération. Bref, si Paris creuse sa différence, le périurbain est de moins en moins atypique, sans avoir une offre de logements adaptée. Son nouveau visage est le fruit d’un long processus de maturation, et dessine des espaces de plus en plus autonomes, abritant différentes générations de périurbains, attachées au territoire et désireux d’en explorer les ressources...

À suivre : Courts circuits dans le périurbain