Acteurs de la tranquillité, partenaires de la sécurité

Les bailleurs sociaux dans un rôle à dimension variable

28 avril 2016ContactCamille Gosselin, Virginie Malochet

« Acteurs de la tranquillité résidentielle, partenaires de la sécurité publique » : c’est ainsi que l’Union sociale pour l’habitat définit le rôle des organismes HLM concernant le traitement des désordres et de la délinquance sur leur patrimoine. Mais derrière ce slogan fédérateur, qu’en est-il de leur implication réelle ? À quels types de problèmes sont-ils confrontés ? Comment se positionnent-ils et s’organisent-ils en réaction ? Comment leurs interventions s’articulent-elles avec celles de la police, des collectivités et des autres acteurs locaux ?

Les manifestations de l’insécurité analysées dans trois quartiers prioritaires de la politique de la ville

À partir d’une enquête de terrain sur trois sites franciliens, cette étude de l’IAU rend compte de la manière dont les bailleurs sociaux s’investissent face aux problèmes de tranquillité/sécurité tels qu’ils les identifient. Ces problèmes recouvrent différents types de phénomènes (non-respect du règlement intérieur, regroupements dans les parties communes, dégradations, vols, trafics, agressions, etc.) et se manifestent avec plus ou moins d’intensité. Autrement dit, il serait inapproprié de parler au singulier de « l’insécurité » dans les quartiers d’habitat social parce que les situations locales sont hétérogènes, et parce qu’elles se rapportent à des réalités sensibles et mouvantes parfois difficiles à objectiver.

Des bailleurs qui s’approprient la question de la sécurité dans leurs parcs de logements

Ceci étant, les bailleurs sociaux partagent globalement le sentiment d’avoir à faire face à des enjeux de tranquillité/sécurité et, de fait, se mobilisent toujours plus en ce domaine, incités par leurs locataires, leurs personnels et les pouvoirs publics. Toutefois, ils s’interrogent sur la légitimité de leur contribution, quant à savoir comment et dans quelles limites s’approprier ce champ qui ne relève pas de leur cœur de métier initial. Ces questions de positionnement tiraillent le monde du logement social. Elles opposent des visions plus ou moins extensives ou restrictives et donnent lieu à des postures et des politiques diverses. En tout cas, elles impactent l’organisation, les métiers et la nature de l’activité.

La mission des « référents sûreté » dopée par des sollicitations multiples

Dans bon nombre d’organismes, des référents sûreté ont été recrutés pour animer la politique sûreté du bailleur et assurer l’interface entre le siège, le terrain et les partenaires extérieurs. Autour d’eux, c’est un nouveau segment professionnel qui en train de se constituer, l’enjeu étant de travailler à la bonne articulation avec l’ensemble des services internes. À l’échelle des agences locales notamment, la gestion courante est le premier niveau de réponse à valoriser en tant que tel, au même titre que les dispositifs de sécurisation passive (résidentialisation, contrôle d’accès, vidéosurveillance) qui se banalisent largement en dépit des difficultés à évaluer précisément leurs effets propres sur la situation de sécurité du quartier.

Des agents de proximité en première ligne

Quant à l’implication directe des gardiens et autres personnels de proximité, les stratégies des bailleurs et les pratiques sur le terrain oscillent entre le souci de protection des agents, la mise en avant de leurs compétences relationnelles et la volonté de renforcer leur autorité en tant que représentants de l’organisme et garants des lieux. En tout cas, ces agents sont exposés en première ligne et parfois mis à l’épreuve, d’où l’intérêt de bien les outiller (formation, procédures, etc.) et, surtout, d’engager un travail collectif en interne pour définir et expliciter leur rôle en la matière, en correspondance avec leur métier et dans les limites de leurs attributions. Aussi, en complément des équipes de proximité, les bailleurs peuvent faire appel à des médiateurs sociaux ou à des agents de sécurité privée, voire monter leur service de sécurité interne. Les différentes démarches existantes ne sont pas sans susciter le débat et montrent qu’il n’y a pas de réponse univoque sur ce plan.

Un trio bailleurs/police/ville à géométrie variable

En tout cas, les bailleurs sociaux ne sauraient agir seuls face aux enjeux de tranquillité/sécurité qui se posent à eux, et c’est pourquoi le partenariat est un levier d’action central. Pour l’essentiel, c’est avec les services de police et les collectivités locales qu’ils coopèrent concrètement. Si les relations tendent à se renforcer, elles ne sont cependant pas toujours aussi évidentes que ce que les discours convenus sur la nécessité partenariale laissent entendre. Ce qui compte avant tout, c’est de donner du contenu opérationnel aux cadres institutionnels établis. Dans une logique plus transversale de prévention sociale de la délinquance, il importe parallèlement de renforcer les liens avec les acteurs du champ socio-éducatif, de travailler sur l’ouverture aux habitants et de s’affranchir d’une vision strictement sécuritaire du traitement de ces enjeux.

Ressources

Argenteuil : un quartier en centre-ville
© IAU îdF
Bagneux – Cachan : un quartier multi-bailleurs
© IAU îdF
Orly : un quartier totalement transformé… ou presque
© IAU îdF

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