Emploi et crise

Départements et territoires de l'Île-de-France

01 juin 2014

S’intéresser à la nature des emplois d’un territoire, aux secteurs d’activité dont ils relèvent, aux profils des actifs qui les occupent, apporte de nombreux enseignements sur le fonctionnement et la dynamique des économies locales. Cette étude présente les évolutions de l’emploi dans les départements de l’Île-de-France, sur une période longue, 1990-2012, mettant ainsi en lumière les mutations économiques et géographiques à l’œuvre au sein de la région capitale. Elle s’intéresse également à la période récente, 2007-2012, pour évaluer les conséquences de la crise de 2008.

Les territoires franciliens ont des orientations économiques et une structure de l’emploi bien spécifiques

L’étude montre que l’économie francilienne poursuit la recomposition de son système productif, des secteurs d’activités continuant de décliner tandis que d’autres naissent et se développent. Les résultats aident à comprendre comment des évolutions structurelles profondes, à l’origine parfois très anciennes, dont certaines sont accentuées par la crise, modifient la structure des économies et les équilibres internes à l’Île-de-France :

  • Depuis 1990, la diminution des fonctions de production industrielles se poursuit sur l’ensemble du territoire régional, la crise accentuant le recul de l’industrie déjà présent en période de croissance. Ces dernières années, les territoires les plus industriels ont été les plus touchés. Le cas d’Aulnay est certainement le plus emblématique de cette évolution qui touche aussi de très nombreuses Pme-Pmi qui ont des difficultés à conserver leurs activités dans la région. En Seine-Saint-Denis, la croissance des emplois du tertiaire et de la construction au cœur de la crise ont compensé le recul de l’industrie. A l’inverse d’autres secteurs d’activités, tournés vers l’avenir, dynamisent l’emploi régional dans des secteurs variés comme le numérique, les développements aéroportuaires ou les sciences du vivant.
  • Le développement des fonctions à haute valeur ajoutée (conception, recherche, gestion…) se poursuit, dans une Île-de-France très tertiaire et qualifiée, atypique comparée aux autres grandes régions françaises, mais très proche des évolutions constatées dans les grandes agglomérations mondiales. Cette caractéristique majeure de l’économie régionale s’accentue. Elle a joué un rôle d’amortisseur dans la crise de 2008. Les territoires les plus orientés sur les emplois métropolitains s’en sont mieux sortis.
  • Un taux de chômage régional inférieur au taux national, même en période de crise. Cependant, les départements de la Seine-Saint-Denis et du Val-d’Oise se situent au-dessus de la moyenne régionale et nationale. Les actifs franciliens les moins qualifiés ont été les plus touchés par la crise. Le marché du travail a évolué vers davantage de flexibilité.
  • Depuis 2000, la petite couronne est le territoire le plus dynamique pour la croissance des emplois. Il représente désormais 37 % des emplois franciliens, la grande couronne 32 % et Paris 31 %. Le recul de l’emploi pendant la crise a été moins marqué en proche couronne. La grande couronne représente plus de la moitié des pertes d’emplois (solde net) en Île-de-France au cours des années 2008 et 2009.
  • Les structures départementales d’emploi et d’activité évoluent. La diminution des emplois industriels et la croissance des emplois tertiaires se poursuivent dans tous les départements. La bascule est particulièrement nette en Seine-St-Denis. Le centre ouest de l’agglomération continue de se spécialiser sur les fonctions à haute valeur ajoutée, et plus récemment, davantage les Hauts-de-Seine que Paris. Des contrastes géographiques existent dans les spécificités économiques des départements. En périphérie, le commerce, la construction, l’artisanat sont des composantes importantes de l’activité économique.

Les entreprises du digital, les industries créatives ou encore les sciences du vivant permettront demain à la région-capitale de jouer un rôle central parmi les grandes métropoles mondiales

Cette étude montre que derrière les effets de la crise économique sur l'emploi régional, le système productif francilien poursuit son adaptation pour répondre aux besoins du marché et de la société. La dynamique de développement des entreprises du digital, des industries créatives ou encore des sciences du vivant illustre le repositionnement de l'Île-de-France sur des filières porteuses d'avenir. Cette capacité de transformation de l'économie a permis à la région de mieux résister à la crise économique que le reste du pays. Elle pourrait permettre demain à la région capitale de jouer un rôle encore plus central parmi les grandes métropoles mondiales, notamment grâce à la dynamique engagée par des politiques publiques proactives mixant politiques de l’offre et de la demande (Grand Paris Express, appui aux pôles de compétitivité, lancement de PRE, etc.).
En 2015, l'IAU îdF proposera une analyse complète de la situation et des perspectives de l'économie francilienne.

Ressources

Paris avec 31 % des emplois franciliens représente la diversité tertiaire et la haute qualification d’une capitale.
Paris 13e © Sylvie Castano, IAU îdF
La croissance de l’emploi a été plus dynamique en proche couronne qui, par ailleurs, a mieux résisté à la crise.
ZAC Landy-Pleyel, 93 © Paul Lecroart, IAU îdF
La présence de l’agriculture en grande couronne conduit à une surreprésentation des agriculteurs, même si ces emplois sont peu nombreux.
© Bruno Raoux, IAU îdF
Les emplois par département
Source : Insee, emploi total au 31/12/2012 © IAU îdF
Des activités économiques spécifiques selon les départements
Source : Insee, clap 2011, emplois salariés © IAU îdF
L’évolution des taux de chômage selon les départements
Source : Insee, taux de chômage au 2e trimestre en 2007 et 2013 © IAU îdF