Jeunes en danger et délinquance juvénile : panorama des politiques de prévention

Quels rôles pour la Région Île-de-France ?

30 janvier 2008ContactMustapha Boudjemai, Sophia Chibane, Hélène Heurtel

Malgré la succession des plans d’urgence et des dispositifs sociaux ou répressifs, la récurrence, la diversification et l’aggravation de certaines formes de délinquance, de conduites à risques et de troubles dans l’espace public, ont placé les jeunes issus de quartiers dits « sensibles » au cœur des débats sur l’insécurité et la question urbaine. Ces constats confirment l’urgence de la situation face aux risques d’implosion sociale. 

Lutte contre l'échec scolaire

Toutes les analyses montrent une forte propension à la récidive d’un noyau de mineurs et de jeunes majeurs les plus en dérive et engagés dans des pratiques délinquantes. Des dispositifs doivent pouvoir s’appuyer sur un réseau de justice de proximité qui permette d’apporter rapidement un premier niveau de réponse. Après trois décennies de politique d’éducation prioritaire  et plus de cinq plans nationaux anti-violence à l’école, des problèmes de fond subsistent et dans certaines zones sensibles. La lutte contre l’échec scolaire est aujourd’hui un objectif partagé. Les efforts faits depuis une dizaine d’années pour recentrer et rendre viable les diverses initiatives associatives ou municipales en matière de soutien scolaire ont permis de développer de véritables dispositifs d’accompagnement à la scolarité avec le soutien des CAF, du FAS et parfois des conseils généraux. La lutte contre l’absentéisme nécessite d’améliorer les coopérations pour le repérage, l’interpellation des parents et des services concernés, ce qui suppose de multiplier les échanges, les actions de médiation et de se doter de moyens humains et d’outils d’analyse et de détection que les établissements n’ont pas toujours. 

Une intervention en amont

L’insertion des jeunes de 16 à 25 ans sans qualification, résidants dans des zones sensibles, reste une problématique majeure. Les missions locales, au nombre de quatre-vingt deux en Île-de-France méritent d’être ré-interpellées. Les initiatives qui permettent de conjuguer un apprentissage technique concret, une expérience sociale valorisante, une rupture avec l’environnement quotidien, sont à soutenir. Pour faciliter ces types de réponses, il faut disposer d’un statut global et souple du jeune en parcours d’insertion. Réduire ou éviter les dérives, les passages à l’acte, les comportements à risques, c’est aussi intervenir le plus amont possible en direction des mineurs et des jeunes « vulnérables ». Le but recherché est de favoriser la prise de conscience des conséquences de leurs actes d’un point de vue sanitaire, social, financier et juridique. Il faut accompagner l’exercice de la responsabilité parentale en facilitant le dialogue intra-familial.
Faute d’outils de transfert d’expériences, il y a déperdition des efforts et des savoirs, alors que des besoins se font sentir pour développer des outils pédagogiques et de communication plus appropriés en direction des publics jeunes et adultes les plus sensibles. La médiation sociale urbaine est devenue un mode d’intervention normalisé, dont l’utilité est reconnue. Néanmoins, elle reste en réalité faible et des problèmes de formation continuent de se poser. Il convient de soutenir le déploiement de tels dispositifs par l’appui aux démarches de professionnalisation des agents en poste et le cofinancement public d’équipes sur des secteurs sensibles.  

Un manque de personnels expérimentés

La Région intervient en matière de sécurité en mobilisant majoritairement des crédits destinés à des dispositifs de sécurisation et à des équipements de sécurité, répartis dans des chapitres budgétaires transports, lycées, aménagement du territoire, culture, sports et loisirs. Mais leur efficience est en partie obérée par d’autres problématiques comme le manque de personnels expérimentés, des besoins de formation des agents en contact avec le public jeune, un déficit de présence humaine… La Région éprouve également une certaine difficulté pour garantir une intervention équitable sur l’ensemble de son territoire, mais aussi pour être en capacité de cibler un public précis et soutenir des projets locaux sans se substituer aux communes et départements, ni à l’État. La Région doit pouvoir mieux mobiliser son rôle en matière d’aménagement du territoire.

Cette démarche exploratoire a permis d’identifier les principaux acteurs et dispositifs, les problématiques institutionnelles et les besoins. C’est sur ces bases que des priorités et des pistes d’actions pour le territoire francilien ont été dégagées pour servir d’appui à la réflexion opérationnelle de la Région sur sa place dans la mise en œuvre des politiques de prévention.

Ressources

Il y a une tendance au développement de l’usage de drogues dites festives (free-base, extazy, amphétamines, poppers, cocaïne…) par des personnes de plus en plus jeunes.
Il y a une tendance au développement de l’usage de drogues dites festives (free-base, extazy, amphétamines, poppers, cocaïne…) par des personnes de plus en plus jeunes.
© Jan Roger Johannesen, sxc.hu
La consommation hebdomadaire d’alcool concerne un jeune sur cinq entre 12 et 19 ans.
La consommation hebdomadaire d’alcool concerne un jeune sur cinq entre 12 et 19 ans.
© D.R.
L’école de la seconde chance (É2C). Créée en 1995, l'objectif est d’offrir aux jeunes de 16 à 25 ans, sans diplôme, ni qualification, l’opportunité de suivre une formation par un apprentissage.
L’école de la seconde chance (É2C). Créée en 1995, l'objectif est d’offrir aux jeunes de 16 à 25 ans, sans diplôme, ni qualification, l’opportunité de suivre une formation par un apprentissage.
© BERNARD-SUGY (J.-F.), Région Île-de-France