Les cités-jardins, un idéal à poursuivre

Les Cahiers n° 165

14 avril 2013Contact

Comprendre

Au début du xxe siècle, le concept de cité-jardin s’impose comme un modèle global d’urbanisation. Pourtant, l’idée d’Ebenezer Howard (1898) de concevoir des communautés autosuffisantes à l’écart des grandes villes et intégrées à l’espace rural, va donner naissance à de nombreuses interprétations à travers le monde, bien différentes du modèle originel de Letchworth, cité-jardin commencée en 1903 au nord de Londres. C’est notamment le cas en France où la première cité-jardin est construite dans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais dès 1904, et offre alors une nouvelle manière de concevoir l’habitat ouvrier. En région parisienne, les cités-jardins sont conçues comme un élément de réorganisation et de planification de la banlieue. L’idéal howardien, adapté au contexte francilien, permet d’envisager de 1920 à 1939 un habitat périphérique modèle, une forme de quartier recommandée aux constructeurs sociaux. Quantitativement peu important par rapport aux lotissements, le nombre de logements construits au sein des 34 cités-jardins est évalué à 22 000 dans l’agglomération parisienne. Après une longue période d’abandon, nous assistons depuis une vingtaine d’années à un regain d’intérêt pour ces quartiers à la fois attractifs et populaires et qui offrent une mixité de logements et d’équipements dans un paysage végétalisé.

Agir

Aujourd’hui, les cités-jardins sont considérées comme un patrimoine à préserver, mais aussi à réhabiliter, donnant nécessité, pour les bailleurs, de composer entre respect de la qualité architecturale et mise aux normes des logements, au risque d’entraîner une dénaturation du bâti. Face à ce défi, la vente du parc en l’état pourrait être une tentation ; pour autant, les cités-jardins ne sont en rien un terrain d’expérimentation privilégié de la vente HLM. Envisagée dans un objectif de mixité sociale, elle relève plus souvent d’un choix politique. Au-delà du bâti, l’enjeu est également de maintenir la cohérence et la qualité des espaces publics, parfois menacées par une certaine nécessité fonctionnelle telle que le stationnement. En effet, la déclinaison sophistiquée de la trame viaire comme la diversité et la richesse végétales sont des éléments forts de l’identité des cités-jardins. Les habitants se disent attachés à leur quartier, conscients de cette qualité, soucieux de la préserver et de la valoriser, friands des valeurs solidaires inhérentes à la conception même des cités-jardins.

Anticiper

Plus que construire des logements en conciliant ville et nature, les cités-jardins répondaient à un idéal social, une utopie du bien-vivre ensemble dans le respect de chacun. À une époque où nous construisons des écoquartiers, pourquoi ne pas s’appuyer sur ce modèle pour créer, en partie, la ville de demain ? En d’autres termes, comment réinterroger aujourd’hui certains principes et valeurs de la cité-jardin au regard de la ville durable, sociale et sobre du point de vue énergétique ? En voici quelques exemples :

  • Concevoir le projet dans un souci de qualité, de cohérence et d’harmonie au sein du quartier comme avec la ville existante.
  • Organiser et hiérarchiser des espaces publics, pour disposer de lieux multiples, à la fois fonctionnels et accueillants.
  • Réinstaurer le dialogue entre ville et nature dans une logique d’enrichissement mutuel.
  • Faire évoluer le mode d’habiter en veillant à une mixité typologique, en favorisant la vie de voisinage et en respectant l’intimité de chacun.
  • Impliquer les habitants dans la vie de quartier.
  • Favoriser les mixités sociale et fonctionnelle.
  • Créer des outils de régulation foncière.

Ces éléments rejoignent les travaux d’étudiants sur les imaginaires du 3e millénaire, qui plébiscitent la ville sociable, porteuse des valeurs de bien-être pour tous, d’équilibre entre les fonctions et de liberté. Reste à garantir que la réinterprétation de la cité-jardin ne glisse vers une communauté exclusive cultivant l’entre-soi.

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Ressources

Première cité-jardin réalisée par Raymond Unwin et Barry Parker au début du XXe siècle, à 60 km au nord de Londres : Letchworth garden city. © www.letchworth.com
Première cité-jardin réalisée par Raymond Unwin et Barry Parker au début du XXe siècle, à 60 km au nord de Londres : Letchworth garden city.
© www.letchworth.com
À Suresnes : au milieu des collectifs, un espace public reconverti en jardins familiaux. Suresnes Garden Cities (1921-1939). © Lucile Mettetal, IAU île-de-France
À Suresnes : au milieu des collectifs, un espace public reconverti en jardins familiaux.
La cité-jardin à Suresnes (92). © Lucile Mettetal, IAU île-de-France
Les jeunes guides de banlieue partagent leur savoir et leur vécu de la cité-jardin avec les visiteurs. © CAUE 94
Les jeunes guides de banlieue partagent leur savoir et leur vécu de la cité-jardin avec les visiteurs.
© CAUE 94
L’envie de nature pousse à investir les délaissés urbains pour les transformer en jardins partagés, lieux d’échanges et de sociabilité. Paris XXe. © D. Gander Gosse, Mairie de Paris
L’envie de nature pousse à investir les délaissés urbains pour les transformer en jardins partagés, lieux d’échanges et de sociabilité.
Paris 20e. © D. Gander Gosse, Mairie de Paris
L’agriculture est maintenue dans le projet des quartiers Beausoleil à Pacé grâce à la prairie de Mondonin, rendue inondable. © Clément Guillaume
L’agriculture est maintenue dans le projet des quartiers Beausoleil à Pacé grâce à la prairie de Mondonin, rendue inondable.
© Clément Guillaume
« Green City 2 » Rio de Janeiro – 37 – Utopian contribution.
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© IAU île-de-France

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