Métropolisation et spécialisation sociale du territoire francilien

31 décembre 2015ContactMariette Sagot

L’IAU îdF a lancé en avril 2015, en partenariat avec l’ENS, une série de séminaires sur le thème « Fractures sociales, fractures spatiales, métropolisation et logiques périphériques ». Cette étude reprend les contributions de l’IAU îdF sur les effets de la métropolisation sur la partition sociale et les disparités territoriales en Île-de-France.

Les classes franciliennes moyennes n’apparaissent ni en voie de disparition ni en décrochage

Depuis les travaux de Saskia Sassen aux États-Unis, la métropolisation est associée à une dualisation de la société et au déclin de classes moyennes. Rien de tel dans la région. Le croisement des informations sur le revenu et sur les catégories socioprofessionnelles montre que les classes moyennes n’y apparaissent ni en voie de disparition ni en décrochage. Toutefois, la pauvreté, devenue plus jeune et plus urbaine, et les inégalités se sont accrues. La hausse des inégalités tient au creusement des écarts entre les revenus perçus mais aussi à la difficulté de notre système de protection sociale à amortir, dans la durée, les baisses de revenu liées à la crise.  

Le double visage de la question sociale en Île-de-France : catégorie sociale et origine

En Île-de-France où vivent 18 % d’immigrés, l’immigration questionne la fracture territoriale et ses processus dans les secteurs urbains aux « couleurs » de la pauvreté. Les revenus y stagnent depuis le début des années 2000, la part des immigrés s’y accroît, mais plus faiblement que par le passé. Certains traits saillants de la géographie sociale francilienne et de son évolution invitent, toutefois, à prendre une certaine distance avec la rhétorique de la fracture : les catégories aisées sont avec les ouvriers les plus regroupés ; les indicateurs de concentration des immigrés sont à la baisse depuis 2006 et bien inférieurs aux indices des ghettos étasuniens, la concentration des ouvriers immigrés ne fait toutefois que se stabiliser ; la couronne périurbaine tend à s’enrichir, la pauvreté y est deux fois plus faible que dans l’agglomération.

Le parc HLM, un moyen de préserver l’accès à la centralité des catégories modestes

Les processus à l’origine de la structuration sociale du territoire sont anciens et multiples. Il ressort que les cadres, quel que soit leur origine, sont les maîtres du jeu des localisations territoriales, et leur recherche de centralité alimente des phénomènes de gentrification au centre. À cet égard, le parc HLM apparaît comme le plus sûr moyen de préserver l’accès à la centralité pour les catégories modestes. Dans un système métropolitain fait d’interdépendances et de liens multiples, où les spécialisations s’accentuent, chaque territoire doit trouver sa place, ce qui soulève plus que jamais la question des solidarités entre territoires métropolitains face aux risques de décrochage de certains territoires de banlieue.

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