Quel est le chiffre noir de la délinquance en Île-de-France ?

Comparaison des résultats des enquêtes régionales « victimation et insécurité en Île-de-France » avec les chiffres de la délinquance enregistrés par la police et la gendarmerie

31 décembre 2006ContactHélène Heurtel

Six fois plus d'aggressions dans les enquêtes de victimation que dans les chiffres officiels en Île-de-France

Les crimes et délits enregistrés par la police et la gendarmerie ne représentent qu'une partie de la réalité de l'activité criminelle. L'enquête de victimisation vient les compléter.

Saisis sous forme de dépôts de plaintes ou découverts directement par l’activité des unités de Gendarmerie et des services de Police, les chiffres de la criminalité sont rassemblés depuis 1972 dans une base de données appelée « état 4001 » lorsqu’ils sont transmis au Parquet.

Cette base statistique est à l’origine des chiffres officiels sur la délinquance communiqués par l’État. Mais elle est incomplète.

La réticence des victimes à porter plainte

En effet, pour diverses raisons, parfois le sentiment que la police ou la gendarmerie ne pourront résoudre leur affaire ou par peur de représailles, des victimes ne portent pas plainte. Leurs affaires demeurent inconnues des autorités ou tout au moins ne sont pas enregistrées dans l’état 4001 (elles peuvent néanmoins faire l’objet d’une saisie sur une main courante). Ces faits alimentent le « chiffre noir » de la délinquance et doivent être ajoutés aux enregistrements de l’état 4001 pour fournir une mesure de la délinquance réelle.  

En ignorant une partie des infractions, les statistiques officielles issues de l’état 4001 fournissent donc une vision non exhaustive de la délinquance en Île-de-France. Lorsque les services publics parlent par exemple de 975 590 infractions au total enregistrées en 2004 sur la région, la réalité des faits commis est incontestablement supérieure à ce chiffre, mais dans une proportion inconnue.

Les enquêtes de victimation permettent d'interroger directement les Franciliens sur les actes de délinquance

C'est la raison pour laquelle le conseil régional d'Île-de-France à souhaité, dès 2001, mettre en place des enquêtes de victimation. Ces enquêtes permettent d'interroger directement les Franciliens sur les actes de délinquance auxquels ils ont pu être exposés, indépendamment du fait que leur affaire ait été signalée ou non aux autorités. Elles offrent une autre mesure de la délinquance censée englober le chiffre noir.  

À ce jour, il n’existe aucune méthode permettant de mesurer avec une grande précision le chiffre noir. L'étude elle-même présente des limites, qui expliquent notamment certaines divergences avec les chiffres officiels.

Ainsi, les enquêtes de victimation ne tiennent pas compte de certaines catégories de victimes (jeunes âgés de moins de 15 ans, victimes non franciliennes…).

D'autre part, les index des enquêtes ne correspondent pas exactement aux index des  infractions inclues dans l’état 4001.

En outre, la fiabilité de l'enquête dépend des personnes interrogées : les victimes sont supposées avoir déclaré les atteintes auxquelles elles ont été réellement exposées.

Enfin, les informations territoriales sont de nature différente entre les enquêtes de victimation et l’état 4001, seule la localisation de l’enregistrement de la plainte étant possible avec la source officielle tandis que les enquêtes renseignent sur le lieu de résidence de la victime et de réalisation du fait. C'est ainsi que le nombre de victimes officielles est plus élevé à Paris du fait que les personnes agressée, en petite ou grande couronne, portent plainte à Paris.

Ressources

Les enquêtes de victimation permettent de rechercher directement les victimes au sein d’une population donnée.
Les enquêtes de victimation permettent de rechercher directement les victimes au sein d’une population donnée.
Source : enquête Victimation et insécurité en Île-de-France, 2005 © IAU îdF
L’état 4001 ne rend compte que des affaires portées à la connaissance de la police ou de la gendarmerie.
L’état 4001 ne rend compte que des affaires portées à la connaissance de la police ou de la gendarmerie.
© GARAULT (Eric), IAU îdF
Les renvois à la police et à la gendarmerie selon le profil des victimes (sexe, âge, type de quartier)
Les renvois à la police et à la gendarmerie selon le profil des victimes (sexe, âge, type de quartier)
Source : Enquête régionale de victimation 2005