Ségrégation urbaine et politiques publiques : étude comparative

Berlin

30 juin 2005ContactAnne-Claire Davy

Une géographie sociale contrastée

Le cas de Berlin révèle une géographie sociale, marquée par l'histoire, très contrastée.

En effet, si durant la période de division de la ville les contraintes spatiales à l'Ouest et les rigidité politiques à l'Est avaient réduit les processus de ségrégation sociale, l'héritage du développement industriel de la ville et l'explosion de la mobilité des ménages  produisent, depuis la réunification, un important mouvement de polarisation sociale.

Dans l'ancien Ouest, les quartiers ouvriers du centre ancien, qui ont en grande partie accueilli les populations immigrées et les quartiers de grands ensembles sont engagés dans une spirale de paupérisation, tandis que le statut social des zones résidentielles valorisées se renforce.

À l'Est, certains quartiers centraux sont devenus très recherchés et se « gentrifient » tandis que les anciens quartiers d'habitat "socialiste", délaissés au profit de la périphérie et des quartiers revalorisés par les ménages, enregistrent des taux de vacance importants.

L’augmentation du chômage et de l’inégalité des salaires, la montée en puissance des acteurs privés dans la gestion du parc de logements et la mobilité croissante des ménages ont entraîné, ces dix dernières années, un phénomène de polarisation sociale de la ville à l’image de ce qui s’est produit plus tôt dans de nombreuses villes européennes.  

Le constat de ce mouvement de ségrégation sociale accrue a conduit le Sénat de Berlin à développer une action territorialisée, transversale et intégrée dans les quartiers «en difficulté» : le Quartier Management. Le pari est de développer une politique basée sur un ancrage local fort.  

Ce renouveau des méthodes, basé sur un ciblage de territoires, est cependant polémique car, pour de nombreux commentateurs, il ne fait que compenser le désengagement des fonds publics et la diminution du droit commun.  

La situation de Berlin est représentative des contradictions qui traversent ce débat méthodologique et idéologique. Prise dans des difficultés financières considérables et face à des réductions budgétaires impératives, la question de l’efficacité des dépenses publiques y est cruciale.  

Dans le même temps, la focalisation de l’action publique sur certains quartiers, reposant sur une prise en compte des particularités de chaque lieu, la mobilisation des acteurs locaux et des ressources spécifiques de chaque quartier, rencontre une culture institutionnelle et une tradition politique locale de démocratie participative et de pragmatisme propres à favoriser l’efficacité de politiques de quartiers ciblés.  

Cette étude participe d'une analyse comparée de la ségrégation et des politiques publiques sur cinq territoires européens (Barcelone, Berlin, Milan, le Grand Londres et l'Île-de-France).

Ressources

Alors qu’au moment de la chute du mur la frontière entre quartiers valorisés et rénovés et quartiers dégradés suivant globalement l’ancienne limite est-ouest, des quartiers de l’ex-Est sont aujourd’hui parmi les plus recherchés du centre an
Alors qu’au moment de la chute du mur la frontière entre quartiers valorisés et rénovés et quartiers dégradés suivant globalement l’ancienne limite est-ouest, des quartiers de l’ex-Est sont aujourd’hui parmi les plus recherchés du centre ancien et de la première banlieue. Ce mouvement de gentrification ne concerne cependant encore que quelques poches restreintes (arrondissements centraux de Mitte, Prenzlauerberg et Friedrichshain et la banlieue de Koepenick).
Prenzlauerberg, Berlin © DAVY (Anne-Claire), IAU îdF
Le Sénat a pu, avec l’apport des fonds européens, porter à 17 le nombre de quartiers impliqués dans la politique berlinoise du « management de quartiers ». 75 millions d’€uros ont ainsi été investis dans ces aires, entre 1999 et 2002.
Le Sénat a pu, avec l’apport des fonds européens, porter à 17 le nombre de quartiers impliqués dans la politique berlinoise du « management de quartiers ». 75 millions d’€uros ont ainsi été investis dans ces aires, entre 1999 et 2002.
Réhabilitation de la Helmoltplatz : local associatif. © DAVY (Anne-Claire), IAU îdF
Le taux de mobilité est passé de 10,7 % à 17,3 % entre 1991 et 1998 et un tiers de la population a bougé entre 1997 et 1998.
Le taux de mobilité est passé de 10,7 % à 17,3 % entre 1991 et 1998 et un tiers de la population a bougé entre 1997 et 1998.
Marzhan, Ahrensfelde. © DAVY (Anne-Claire), IAU îdF

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