Cet article composera le n° 173 des « Cahiers de l'IAU » sur les défis alimentaires dont la parution est prévue au 4e trimestre 2016.

Voir les autres articles

Chronofresh by Chronopost, quand la logistique surfe sur la vague du e-commerce

Interview

06 juillet 2016Christophe Desgens

Les innovations liées à la logistique alimentaire sur les derniers kilomètres sont présentés à travers les portraits de quatre acteurs. Ici, Christophe Desgens, président de Chronopostfood (filiale de Chronopost) nous décrit Chronofresh.

Chronofresh est un service de livraison de produits alimentaires secs, frais et surgelés en colis chez les professionnels et les particuliers le lendemain de la commande avant 13 heures, ou sur rendez-vous dès le soir même en Île-de-France et dans huit villes en France. Cette nouvelle offre express de Chronopost répond aux nouvelles pratiques d’achat e-commerce, et la livraison des produits alimentaires s’inscrit dans une nouvelle ère logistique : le mono-colis.

Pourquoi avoir développé Chronofresh ?  

C. D. Les leviers de développement de l’activité express sont multiples. Tout d’abord, de nombreux acteurs cherchent à déléguer. 30 % du transport de produits alimentaires sous température dirigée est encore réalisé en propre par trois types d’acteurs : les grands groupes de l’industrie agroalimentaire, les petits producteurs qui livrent eux-mêmes et les commerçants qui s’approvisionnent à Rungis. Ces acteurs sont à la recherche de solutions d’externalisation. Par ailleurs, l’évolution des usages et des contraintes logistiques poussera cette filière à utiliser les solutions de livraison fine développées par les expressistes plutôt que celles de la messagerie (90 % du transport est opéré aujourd’hui en palettes). Un autre changement à venir est lié aux contraintes environnementales de circulation en ville. Une partie des très petites entreprises (TPE) et des petites et moyennes entreprises (PME) dont les véhicules ne seront plus conformes va se tourner vers les transporteurs, plutôt que de remplacer sa flotte et de continuer à livrer elle-même. Enfin, l’évolution du e-commerce et la multiplication des petites surfaces de vente de la grande distribution en milieu urbain vont nécessiter de livrer par petites quantités et plus souvent. Nous étions déjà bien présents sur le marché de la livraison pour les particuliers. Poussés par la croissance à deux chiffres des e-commerçants, nous multiplions et diversifions les services. Chronofresh en est l’illustration parfaite.

Quels sont les types de clients ?

C. D. Cette offre nous amène sur le marché du B2B et du B2C. Nos clients sont des producteurs qui vendent sur internet, des grossistes... Le concept de « box diététique » ou de « panier de la semaine » se développe. Le créneau de la viande en direct du producteur fonctionne très bien. Celui du poisson débute. L’industrie agroalimentaire et la grande distribution s’intéressent à notre offre.

Comment avez-vous construit l’offre Chronofresh ?

C. D. Notre projet a débuté en juin 2014, le premier colis a été livré en mai 2015. Nous nous sommes inspirés du Japon. C’est le seul pays dont le marché du mono-colis express alimentaire sous température dirigée est mature. Le volume est considérable : 900 000 colis par jour, uniquement pour les produits alimentaires frais et pour un seul pays! Aussi, l’usage est proche de ce que recherche le consommateur en France, à savoir des produits de qualité et des spécialités régionales pour une population vieillissante et à la recherche de services. Par contre, les Japonais sont deux fois plus nombreux que nous, et la grande distribution est très peu présente. C’est pourquoi nous estimons que le marché en France sera de  150 000 à 200 000 colis par jour à l’horizon 2020.

Nous avons construit cette offre en nous appuyant sur notre réseau de plateformes existant et nos équipes. Nous déployons une infrastructure dédiée aux produits frais dans nos 80 agences. Le transport est assuré à l’aide de caisses isothermes et de plaques eutectiques. Les véhicules et les caisses sont équipés de puces RFID qui permettent de suivre le colis et de mesurer la température en continu. Nos agents sont formés aux règles d’hygiène et aux nouveaux process et outils mis en place pour respecter la chaîne du froid.

Les colis Chronofresh sont déposés dans les caisses isothermes situées dans les agences. Ces caisses sont chargées avec d’autres colis Chronopost transportés dans le cadre de tournées quotidiennes. Il n’y a pas de tournées dédiées aux produits alimentaires, sauf quand le volume des colis le nécessite.

Après un an d’existence, quel bilan tirez-vous, quels sont les ajustements ?

C. D. Le réseau de nos agences sera totalement opérationnel cet été. Aujourd’hui, nous traitons 10 000 colis par mois, l’objectif est de 30 000 colis par jour en 2020. Le marché du B2C se met très vite en place. Pour le B2B, la dimension des process est toute autre, la mise en œuvre se fait aussi mais moins rapidement.

Nous ajustons notre organisation. Par exemple, nous avons changé les caisses, trop lourdes (10 kg et non plus 40). En un an, nous avons gagné 30 % de productivité sur certaines phases du process. Nous sommes en veille permanente sur les solutions de gestion de la chaîne du froid. La solution fonctionne, et nos clients sont satisfaits.

Quels sont vos projets ?

C. D. Nous réfléchissons à la constitution d’un réseau de points relais « frais ». Pour cela, il est indispensable d’identifier la bonne catégorie de commerçants, le bon réseau qui donne confiance au consommateur final. Le commerçant doit également y trouver un intérêt.

Les perspectives de croissance du colis express frais sont telles que nos projets d’espaces logistiques urbains (ELU) intègrent naturellement cette dimension dès leur conception.

L’objectif est de lancer l’offre en France puis de la déployer en Europe, en commençant par l’Espagne. À l’échelle mondiale, nous menons des réflexions pour développer notre marché au Japon.

 Propos recueillis par Laure de Biasi et Corinne Ropital

Petit glossaire

B2C Business to Consumer : échange entre une entreprise et un individu, à savoir le consommateur final.

B2B Business to Business : échanges entre deux entreprises.

Mono-colis : un envoi (pour un destinataire) comporte un seul colis. C’est par exemple le cas lorsqu’un particulier se fait livrer une box diététique à domicile.

Livraison fine : cœur de métier de l’expressiste. Transport de petits colis réalisé à l’aide de véhicules utilitaires légers dans la ville. Cette activité se développe avec l’individualisation des envois (mono-colis) et le e-commerce.

Express : le transport de petit colis (moins de 30 kg) livré en moins de 24 heures.

Messagerie : dans l’interview, il est question du transport de produits palettisés (destinés aux magasins de la grande distribution par exemple).

Box diététique : boîte (colis) qui contient les plats préparés diététiques et les conseils régime.

Plaque eutectique : accumulateur de froid qui permet de maîtriser la chaîne du froid de manière autonome (sans énergie).

Puce RFID (Radio Frequency Identification) : puce électromagnétique sur laquelle sont stockées des  données accessibles par radiofréquence.