Cet article composera le n° 173 des « Cahiers de l'IAU » sur les défis alimentaires dont la parution est prévue au 4e trimestre 2016.

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Milano 2015 et le pavillon de la France, quelles ambitions ?

18 février 2016Alain Blogowski

Milan, octobre 2015. L’exposition universelle dédiée à l’alimentation vient de fermer ses portes. Depuis quand organise-t-on des expositions universelles ? Pourquoi le thème « nourrir la planète, énergie pour la vie » a-t-il été retenu ? Comment le pavillon de la France s’en est-il emparé ?

© Laure de Biasi/IAU îdF

L'exposition a regroupé les aspects technologiques, culturels, traditionnels ainsi que l'innovation et de création en lien avec la nourriture. Elle a aussi repris des aspects abordés au cours d'autres expositions (comme l'exposition sur l'eau à Saragosa en 2008) à la lumière des connaissances nouvelles et des tendances émergentes. L'épuisement rapide des excédents agricoles a souligné l'urgence de clarifier les manières de nourrir la planète et de prévenir la faim.

Aux origines…

En 1796, François de Neufchâteau, député à l’Assemblée législative, se vit remettre un rapport dénonçant le fait qu’un grand nombre de marchandises fabriquées par les manufactures de Sèvres et des Gobelins ne trouvaient pas d’acheteur et restaient entreposées. Il forma alors le projet d’exposer ces productions au public et de faire se rencontrer fabricants et marchands. Les premières assises de l'industrie française naquirent ainsi. Devant l’engouement du public pour cette grande « foire » d’un nouveau genre, la première « Exposition nationale des produits de l'industrie » se tint en 1798 et réunit 110 exposants. Nouvelle grande réussite. Onze expositions nationales françaises se succédèrent jusqu’en 1849.

Cependant la première véritable exposition universelle eut lieu en Angleterre en 1851 sous l’impulsion du prince Albert. Napoléon III, impressionné, décida d’organiser, à son tour, une exposition universelle, dès 1855. Les expositions s’enchaînèrent jusqu’en 19371. Le métro, la tour Eiffel, le Grand Palais témoignent encore aujourd’hui de la grandeur de ces manifestations internationales.

À l'origine, chaque pays disposait d'un espace réservé dans un pavillon central. En 1867, les pavillons nationaux font leur apparition. Les expositions internationales longtemps soumises aux seules règles des pays organisateurs, répondent depuis 1928 aux règles définies par un traité international et le Bureau international des expositions (BIE), créé pour en garantir l’application. Depuis 1996, on distingue les expositions internationales (3 mois) où le pays organisateur met à disposition des pavillons construits par ses soins et les expositions universelles (6 mois) qui portent sur un thème à caractère universel, d'intérêt et d'actualité pour l'ensemble de l'humanité et où chaque pays invité construit son propre pavillon. Le BIE précise qu’« une exposition universelle est une manifestation qui a un but principal d’enseignement pour le public, faisant l’inventaire des moyens dont dispose l’homme pour satisfaire les besoins d’une civilisation et faisant ressortir dans une ou plusieurs branches de l’activité humaine les progrès réalisés ou les perspectives d’avenir ». L’exposition universelle de Milan s’inscrit dans ce deuxième cas de figure.

Milano 2015 et son thème

Milan avait déjà hébergé l'exposition universelle de 1906 portant sur les transports.

L’exposition universelle Milano 2015 s’est tenue de mai à octobre 2015 aux portes de Milan sur 110 ha. Elle succède à Shanghai (2010) et précède Dubaï prévue pour 2020. 144 pays, l’ONU et l’Union européenne ont été accueillis.

Avec le thème « Nourrir la planète, énergie pour la vie », les organisateurs se proposaient d’apporter des réponses à la question : « Comment assurer à l’ensemble de la population, dans des conditions économiquement acceptables par tous et en quantité suffisante, l’accès à une alimentation sûre et saine, diversifiée et de bonne qualité, produite dans des conditions favorisant l’emploi, le respect des normes sociales, la protection de l’environnement et des paysages et contribuant à la lutte contre le changement climatique ». La participation de la France reflète la volonté d’apporter des réponses concrètes et adaptées à ces enjeux.

© Laure de Biasi/IAU îdF
© Corinne Ropital/IAU îdF

Le pavillon de la France : être présent, montrer ses savoir-faire, agir

Nourrir la planète nécessite de repenser l’organisation de l’ensemble des maillons de la chaîne alimentaire « de l’assiette au champ », mais également de questionner la durabilité économique, sociale et environnementale des modèles alimentaires.

Le pavillon français s’est appuyé sur l’idée que ce défi ne pourrait être relevé qu’en mobilisant, à tous les niveaux - du local au global - l’ensemble des ressources. Une attention particulière a été portée à la science et à l’innovation tout en réaffirmant la nécessité de modes de production et de consommation plus respectueux de l’environnement, du maintien des équilibres économiques et sociaux et des questions de santé publique. Technologie et innovation ne sont pas contradictoires avec la production d’aliments de qualité, ni avec la préservation du goût et des traditions.

Pour répondre à l’impérieuse nécessité de produire plus et mieux affichée par le ministère de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt, le pavillon français a mis à l’honneur l’agroécologie, les nouvelles technologies au service de l’agriculture de précision ainsi que les progrès génétiques : meilleure adaptation des espèces animales et végétales aux conditions locales, pédologiques, climatiques… La question de la gestion de l’eau et du rôle des micro-organismes (dans les sols, les défenses naturelles de l’homme ou l’animal, la fabrication du fromage, du pain, du vin) a aussi été traitée.

L’accent a également été mis sur les nouveaux axes de recherche et de production pour accroître les denrées alimentaires : aquaculture, protéines végétales, algues, nouvelles protéines animales… Le pavillon interpelle aussi quant aux questions de sécurité alimentaire, de gaspillage, d’émissions de gaz à effet de serre, de valorisation des matières premières agricoles par d’autres secteurs (cosmétique, pharmacie, énergie…).

Enfin, qualité et origine des produits, plaisir et convivialité ne sont pas oubliés : les visiteurs ont été invités à découvrir produits et savoir-faire de la gastronomie française, classée au patrimoine immatériel de l’humanité par l’Unesco.

L’exposition universelle de Milan fut l’occasion de mettre en valeur les nombreux atouts de l’agriculture et de l’agroalimentaire français, tant au niveau des méthodes de production « high tech » respectueuses de l’environnement, des produits de qualité issus de savoir-faire ancestraux - qui ont su évoluer et innover pour s’adapter aux goûts des consommateurs et aux conditions de vie modernes - que de l’excellence des modes d’organisation sociale et économique des agriculteurs ou, enfin, de la diversité des produits issus des milliers d’industries alimentaires implantées sur tout le territoire.

Alain Blogowski est conseiller scientifique au Commissariat général de la France pour l’exposition universelle de Milan 2015.


1. Entre 1855 et 1937, Paris accueillit cinq expositions universelles, deux expositions coloniales et une exposition internationale, chaque changement de pouvoir exigeant son exposition. L’exposition de 1937 décidée par le gouvernement du Front populaire fut la dernière manifestation de ce genre en France.

Que trouvait-on dans le pavillon français ?

Les visiteurs entraient par un jardin paysager labyrinthique. Une soixantaine d’espèces végétales se succédaient, illustrant la diversité des cultures pratiquées sur le territoire national : cultures céréalières, élevage, polyculture, cultures maraîchères et fruitières, vignes, cultures tropicales

Le bâtiment passif, « low-tech », construit sur une ossature en bois, était entièrement démontable et remontable. Des écrans géants diffusaient des films d’animation qui synthétisaient les grands axes de l’action française. Des dispositifs physiques et numériques permettaient aux visiteurs de capter l’essentiel des messages et d’approfondir leur connaissance sur des sujets qui les touchent.

Une boulangerie viennoiserie fabriquait chaque jour une large gamme de pains et de viennoiseries. Un « food truck » servait de démonstration culinaire et de dégustation.

Hors les murs, des conférences-débats

Elles étaient organisées en partenariat avec l’Agence nationale de la recherche pour l’environnement en lien avec les principaux thèmes de l’exposition universelle : Manger bio : quels bénéfices pour les consommateurs ? OGM : pourquoi tant de débats ? Demain des insectes dans nos assiettes ? Agriculture et changement climatique : demain des vignes en Suède ? Elles visaient à fournir aux auditeurs les clefs pour mieux comprendre le contexte et les enjeux des débats, et dépasser les présentations parfois simplistes voire caricaturales.