Blandine Cain, fondatrice et gérante du 50 Coworking, espace de coworking en zone rurale

18 avril 2019ContactCarine Camors

Blandine Cain est fondatrice et gérante du 50 Coworking. Après plus de 10 ans d’expérience dans de grandes entreprises, entrecoupés de plusieurs séjours longs à l’étranger, elle décide en 2015 d’ouvrir son espace de travail partagé dans une logique de proximité, de collaboration et de dynamique de réseau. Aujourd’hui, elle souhaite s’investir dans l’écosystème des tiers lieux et promouvoir l’entrepreneuriat, la création et la gestion d’espaces collaboratifs.

Blandine Cain, vous faites partie de ces pionnières fondatrices de tiers lieux en milieu rural. Quand et comment a commencé l'aventure du 50 Coworking ?

C'est vrai, au début des années 2010, le coworking était encore réservé aux urbains. Pour ma part, je travaillais à l'époque dans une grande entreprise et j'ai découvert le coworking lors du Salon des entrepreneurs avec grand intérêt, mais sans me projeter personnellement dans un usage, et encore moins dans un projet.
Malgré tout, le sujet m'a suffisamment intriguée pour que j'y consacre des recherches et que je m'aperçoive que le coworking n'était en rien un effet de mode, mais bien une nouvelle composante des espaces de travail, prenant racine dans des tendances lourdes du marché de l'emploi et plus généralement dans les changements profonds de nos modes de vie : recherche d'un équilibre entre vie privée et vie professionnelle, préoccupation environnementale, croissance rapide du nombre d'indépendants, générations Y et Z recherchant de la mobilité et de l'autonomie...
À un tournant de ma carrière, j'ai donc fait le pari suivant : si des travailleurs se rassemblent dans des espaces dédiés en ville, il y a de fortes chances pour que ce concept intéresse également les professionnels qui ont fait le choix de s'installer en grande couronne, souvent pour améliorer leur qualité de vie. Dans ce contexte, s'isoler pour travailler de chez soi ou subir des trajets pendulaires longs et pénibles jusqu'à un espace de travail parisien au quotidien paraît peu propice à l'épanouissement. D'où mon idée d'ouvrir un espace de coworking sur mon territoire, dans la campagne yvelinoise.
Cette intuition s'est révélée juste, puisqu'avant même notre ouverture, de nombreuses pré-réservations avaient été réalisées et le succès ne s'est pas démenti depuis, allant jusqu'à me conduire à agrandir notre espace durant l'été 2018.

Quels liens le 50 Coworking entretient-il avec son territoire ?

Nos liens avec le territoire sont étroits, on peut même dire qu'ils font partie de l'ADN du 50. D'abord, parce que les professionnels devenus coworkers du 50 Coworking sont autant de pièces de ce puzzle local et de liens économiques et sociaux tissés. Ensuite, parce que nous organisons très régulièrement des animations ouvertes à tous, pour que les citoyens, commerçants, entreprises, associations, acteurs publics... de la région viennent nous rendre visite et enrichissent l'écosystème commun. C'est le cas, par exemple, lorsque nous organisons une soirée-dégustation avec les produits sélectionnés par l'un de nos coworkers, ou encore que l'une de nos coworkeuses propose une formation gratuite aux techniques de communication B to B sur les réseaux sociaux.
Rappelons, par ailleurs, que nous n'appliquons aucune sélection à l'entrée, hormis l'adhésion à nos valeurs que sont l'envie d'échanger et la curiosité, la bienveillance et le respect de l'autre, et enfin, l'agilité et l'esprit innovant.

Quel regard portez-vous sur le développement des espaces de coworking en zone rurale ? Observez-vous un intérêt grandissant pour ce type d'espace  ?

On peut parler d'explosion des projets d'espaces de coworking en zone rurale. Ils foisonnent et je suis bien placée pour le savoir, puisque nombreux sont ceux qui me contactent pour que je les accompagne dans leur lancement, de par mes activités de conseil aux tiers lieux.
Parmi eux, quelques-uns sont de véritables potentiels structurants pour leur territoire. Je pense notamment au projet que j'accompagne dans le Mantois, porté par le GIR Vallée de Seine. De tels projets hybrides et multi-facettes, très ambitieux, intégrant du coworking mais aussi beaucoup d'autres activités, sont de vraies chances pour dynamiser la grande couronne. 
D'autres sont des rêves éveillés, portés par des personnes qui pensent faire fortune en se lançant dans le coworking. Dans ces cas précis, la désillusion est souvent au rendez-vous, puisqu'il est très difficile de rentabiliser un espace de coworking conçu pour en sortir une rémunération principale, encore plus en zone rurale où la densité de la population limite le dimensionnement des espaces. 
Sans parler de ceux qui placardent « espace de coworking » sur un espace de bureaux traditionnels en pensant ainsi rendre leur offre plus attractive, et qui ne font que brouiller l'image du coworking face à de nouveaux usagers qui découvrent des environnements alors peu conviviaux et insuffisamment fonctionnels.
Je porte donc un regard inégal sur ces projets, tout en espérant voir se tisser un maillage de vrais espaces de coworking (ce qui sous-entend à la fois un espace bien conçu, mais aussi une véritable animation au quotidien), bien répartis géographiquement, et c'est pourquoi je n'accompagne que les projets qui me paraissent entrer dans cette catégorie.

Quels enseignements pouvez-vous tirer après trois ans d'activité?

Un espace de coworking peut être considéré sur son territoire comme un maillon d'une chaîne propice à attirer et à retenir sa population, au service d'une meilleure qualité de vie, d'une dynamique économique et de liens sociaux renforcés. Il contribue également à réduire l'empreinte environnementale de ses habitants, en limitant leurs trajets pendulaires.
Je m'aperçois que le 50 Coworking a été un véritable tremplin pour beaucoup de coworkers, en leur offrant une émulation, un réseau et des conditions de travail idéales pour développer leur activité. C'est une véritable fierté.

Comment les pouvoirs publics (région, département, communes) peuvent-ils vous accompagner ?

Les acteurs publics peuvent faire des espaces de coworking un partenaire de choix pour expérimenter, relayer, soutenir… le développement de leur territoire. En terme de soutien concret, la plus grosse attente dans les zones rurales est celle de l'arrivée de la fibre : elle est annoncée pour 2020 à Méré, en espérant que le calendrier de déploiement sera tenu.

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