Clara Meyer, fondatrice de Coworkgreen

05 juillet 2019ContactCarine Camors

Clara Meyer est fondatrice et gérante de Coworkgreen. Rédactrice indépendante depuis 2013, elle décide en 2015 de quitter Paris et de s’installer en famille à Saclas, village rural de 1 760 habitants à une heure de Paris. Néorurale et entrepreneure dans l’âme, elle crée un espace de coworking pour répondre à ses propres besoins et en faire bénéficier d’autres personnes. L’aventure commence en 2016.   

Pouvez-vous nous raconter votre parcours. Quand et comment a commencé l’aventure du lieu ?

J’ai eu l’idée de créer un espace de coworking en 2015, au moment où ma famille et moi souhaitions vivre à la campagne tout en restant en Île-de-France. Notre choix s’est porté sur la région d’Étampes et il n’existait alors aucun espace de travail partagé dans le sud de l’Essonne. J’avais découvert le coworking en devenant maman : je ne pouvais plus uniquement travailler de chez moi.

Ethnologue de formation, j’ai toujours eu le goût d’écouter les autres, de les comprendre. J’adore mettre les gens en lien, les rassembler. Ouvrir un espace de coworking était pour moi plus motivant que d’aménager un bureau dans ma maison!

J’avais aussi l’exemple de Blandine Cain, du « 50 Coworking », qui avait réussi à ouvrir un espace de travail partagé en zone rurale francilienne. Après une étude de marché, j’ai découvert qu’il existait un certain nombre d’indépendants sur mon futur territoire, et je me suis lancée.

Pouvez-vous nous décrire la façon dont le projet a émergé ?

Le projet a connu une phase de pré-lancement, par le biais de rencontres auprès d’opérateurs économiques locaux (communauté d’agglomération de l’Étampois Sud-Essonne, Essonne Développement…) J’ai trouvé grâce à ces partenaires un lieu à aménager, au sein de l’hôtel d’entreprise de mon village, le Rurapôle, géré par la Communauté d’agglomération. J’ai ensuite rencontré d’autres porteurs de projets de l’Essonne, comme Stéphane Ruellant qui ouvrait « Un bureau et plus » à Juvisy, Guillemette Loyez qui est aujourd’hui animatrice de tiers-lieu dans le Beaujolais vert, ou Baptiste Rabourdin de « Oui je me lance » à Soisy-sur-Seine. Ces rencontres furent déterminantes et le sont encore aujourd’hui, car nous nous soutenons énormément. Coworkgreen a enfin en reçu le soutien du dispositif IN’ESS 91 dédié à l’économie sociale et solidaire, ainsi que le financement et l’accompagnement d’Essonne Active

Quel regard portez-vous sur le développement des espaces de coworking en zone rurale? Observez-vous un intérêt grandissant pour ce type d'espace ?

Ma vision est biaisée par mon idéal de société : pour moi, ce type d’espace de travail partagé en zone rurale fait partie des projets structurants pour l’avenir, car dans un monde professionnel de plus en plus atomisé, qui isole, qui met en concurrence, il nous faut absolument retrouver des espaces communs, des liens forts. Et quel meilleur lieu pour cela qu’un espace de coworking chaleureux et animé au quotidien ? Malheureusement, sur mon territoire, je reste encore un peu trop d’avant-garde. Pour le moment en sud Essonne, les gens aiment majoritairement travailler de chez eux et se réunir seulement de temps en temps dans des réunions de réseau.

J’ai été sollicitée plusieurs fois par des mairies ou communautés d’agglomération rurales proches s’interrogeant sur la pertinence de créer un tel espace sur leur territoire. Ces projets sont encore au stade de l’étude, puisqu'il est très difficile de rentabiliser un espace de coworking et plus encore en zone rurale.

J’espère qu’un maillage intelligent sera mis en œuvre quand la demande émergera (car elle finira par émerger), afin que des espaces ne se fassent pas concurrence à 10 minutes l’un de l’autre. 

Après trois années d’activité, quels enseignements pouvez-vous dresser ? 

Un espace de coworking ne va pas à lui seul résoudre la désertion des bourgs, recréer de l’emploi local et réduire les trajets pendulaires. Il s’inscrit simplement dans la logique vertueuse de tout un territoire, avec ses commerces, ses associations, ses services publics.

Coworkgreen est un type de lieu unique, qui peut réduire l’isolement et donner du souffle à des projets créatifs ou entrepreneuriaux. Grâce à Coworkgreen, des romans s’écrivent dans le calme, des amitiés naissent, des partenariats professionnels émergent, des demandeurs d’emploi ont retrouvé confiance en eux, deux courts métrages ont été tournés sur le territoire, un atelier d’écriture a pris vie…

Quels liens le lieu entretient-il avec son territoire ?

Les liens entre Coworkgreen et son territoire sont extrêmement forts notamment parce que j’ai d’abord été créatrice de ce lieu avant de devenir habitante du village. J’ai donc réalisé toutes mes découvertes du territoire, personnelles et professionnelles, en même temps, et elles se sont nourries l’une et l’autre. Je suis partie de zéro, sans réseau, et petit à petit j’ai tissé la trame jusqu’à ce que Coworkgreen devienne un acteur de l’innovation sociale en sud Essonne. Coworkgreen accueille régulièrement des associations environnementales locales pour leurs activités et réunions. Je connais tous les commerçants du village (24 commerces, cela fait du monde !), je suis bénévole dans un grand nombre d’associations culturelles et je participe aux activités des autres tiers lieux du territoire, qu’ils soient culturels (comme le Silo à Méréville, qui existe depuis plus de 30 ans), éducatifs (« Au Tiers-lieu » de l’Ecole à l’ère Libre d’Étampes, ou le café-parents « Take It Easy », à Étampes également) ou touristiques (« Maison Paulette » à Chatignonville). 

Comment les pouvoirs publics (région, département, communes) peuvent-ils vous accompagner?

En nous facilitant l’arrivée de la fibre et en prenant en charge les coûts de raccordement : elle est annoncée pour 2020 sur Saclas. Les pouvoirs publics pourraient également tenir compte de l’exception économique que représentent les espaces de coworking en zone rurale, et nous alléger certaines charges, comme cette incompréhensible « taxe sur les bureaux » qui nous est répercutée même lorsque nous sommes locataires. Enfin, ils sont une puissance incroyable pour fédérer, relayer, communiquer : ils doivent être les acteurs intelligents de cette mise en réseau des tiers lieux et ne pas nous tourner le dos une fois les « bonnes idées » intégrées dans leur propre modèle. 

Si c’était à refaire, que feriez-vous ou ne referiez-vous pas ? 

Si c’était à refaire, malgré les difficultés économiques, je créerais Coworkgreen exactement au même endroit, à Saclas. C’est une chance d’avoir pu ouvrir ce lieu dans ce village magnifique et dynamique. Je me battrais peut-être davantage pour décrocher ce dont je n’ai pu bénéficier et que d’autres porteurs de tiers lieux ont pu obtenir : des subventions, des mises à dispositions temporaires gratuites d’espaces… Même si au final, chaque tiers lieu doit trouver son propre modèle économique indépendant. 

 

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