Phaudel Khebchi, directeur de la Micro-Folie à Sevran

13 juin 2019ContactCarine Camors

Après 12 ans d’expérience dans le privé, Phaudel Khebch intègre l’équipe des affaires culturelles de la ville de Sevran, puis prend la direction de la Micro-Folie à son démarrage en 2016, dans une logique de coopération, de rencontres et d’échanges de savoirs. Aujourd’hui, il souhaite renforcer la dimension locale au plus près des habitants, favoriser le lien social et le vivre-ensemble et créer des passerelles culturelles sur le territoire sevranais de façon pérenne.

Pouvez-vous nous décrire la façon dont le projet a émergé ?

Tout a commencé en juin 2016 quand le Maire de Sevran de l'époque, Monsieur Stéphane Gatignon, m'a proposé de prendre la direction de ce nouveau lieu. Après une douzaine d'années dans le privé, j'ai travaillé sur la réhabilitation d'un nouvel espace culturel puis, j'ai intégré la direction des affaires culturelles de la ville comme responsable de l'action culturelle. Le projet Micro-Folie était déjà bien pensé par le président de l'établissement public du parc de la Villette, Didier Fusillier et ses équipes. Il fallait faire en sorte qu'il puisse se réaliser et faire l'unanimité auprès de la population et des acteurs locaux. À partir de là, des rencontres et échanges ont permis de présenter ce lieu et d'identifier les besoins pour l'aménagement du fablab.

Quel regard portez-vous sur le développement des fablabs dans les quartiers prioritaires de la ville ?

Je pense qu'il s'agit d'une nouvelle forme de structure populaire de proximité avec une particularité culturelle et technologique. Le numérique nous permet de visionner et découvrir des œuvres et aussi de créer des passerelles culturelles sur le territoire sevranais et au-delà. Une sorte d'aller-retour culturel stimulant la créativité et l'innovation, centré autour de la coopération et l'échange des savoirs.

La Micro-Folie contribue à l'éducation et à l'initiation à l'art et à la culture en favorisant le lien social et le vivre-ensemble. De par son implantation locale au plus près des habitants, ce tiers lieu a également pour objectif d'accompagner l'utilisation de l'outil numérique.


Observez-vous un intérêt grandissant pour ce type d'espace ?

Oui, les jeunes en particulier, ils sont très attirés par les fablabs. Ils ont une réelle faculté d'adaptation au numérique, passant d'une séance de codage, à l'impression 3D, puis à la réalisation d'un flocage. C'est formidable de les voir intéressés, curieux, développant des connaissances qui, je l'espère, leur permettront de découvrir les métiers de demain.

Après deux années d'activité, quels enseignements pouvez-vous en tirer ?

Il est indispensable d'avoir une bonne connaissance de son territoire et de la population qui le compose afin de répondre au mieux aux attentes. Depuis son ouverture, la fréquentation de la Micro-Folie ne cesse d'augmenter pour atteindre 25 000 visiteurs en 2018. En ce sens, le projet est un véritable succès. Il a également répondu aux objectifs d'accessibilité culturelle pour tous, en créant une dynamique culturelle mais également économique et sociale sur le territoire, contribuant ainsi à réduire les inégalités.
Le lieu a été construit sur un ancien parking du collège Evariste Galois, classé difficile, en REP+, réseau d'éducation prioritaire. C'était, et c'est toujours, le point de rendez-vous des jeunes du quartier, mais aujourd'hui ils sont intégrés aux projets développés par la Micro-Folie. Pour ceux qui le souhaitent, les jeunes peuvent ainsi assister à un spectacle, bénéficier de services d'accompagnement social ou simplement utiliser les ordinateurs pour des besoins professionnels ou personnels. Le lieu sert à tous. Aujourd'hui, il est devenu emblématique et les pouvoirs publics le valorisent comme dispositif de référence pour les prochaines Micro-Folies.

Quels liens le lieu entretient-il avec son territoire ?

La Micro-Folie répond aux attentes et missions de service public, intégrant les divers dispositifs de la Politique de la Ville, d'éducation, de prévention, d'insertion et d'intégration des acteurs locaux. Le lieu est soutenu par la Ville de Sevran et par l'État (Préfecture de Paris), via la classification du quartier en zone de sécurité prioritaire (ZSP) et le dispositif territoires culturels prioritaires du ministère de la Culture. Il est ouvert à tous les publics : habitants, associations, jeunes, scolaires, etc. Au-delà de ses missions culturelles premières, il s'adresse aux jeunes du quartier, à travers des ateliers de recherche d'emploi, des formations aux usages du numérique, etc. Il est également ouvert aux visiteurs de passage et aux curieux qui souhaitent dépasser les frontières du périphérique et découvrir le territoire et ses habitants par l'intermédiaire d'un lieu relai comme la Micro-Folie.

Si c'était à refaire, que feriez-vous ou ne feriez-vous pas ?

La Micro-Folie a été conçue dès le départ comme une structure provisoire, véritable espace partagé ouvert sous un chapiteau de type cirque. Les différents usages s'y succèdent en fonction des moments de la journée : coworking, fablabs, ateliers de recherche d'emploi, spectacles. Si c'était à refaire, j'insisterai pour avoir une structure en dur avec des espaces délimités bien séparés, pour le fablab par exemple, afin de ne pas subir les nuisances liées aux bruits extérieurs et aux conditions climatiques, et favoriser ainsi la création.

À terme, l'idée est de pouvoir pérenniser le projet et mutualiser les services (culturel, économique, social, etc.) de Sevran au sein d'un bâtiment commun qui abriterait l'ensemble des services de la ville, une sorte de tiers lieux de service public, dont Micro-Folie ferait partie.

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