Ronan James, responsable du Proto204

09 mai 2019ContactCarine Camors

Créateur et développeur du Proto204, Ronan James pilote ce lieu d’innovation collaborative depuis 5 ans au sein de l’EPA Paris-Saclay. Il anime la programmation événementielle, coordonne la jeune équipe du lieu et développe les programmes mobilisant les communautés sur les problématiques d’acteurs structurants publics ou privés autour de l'accès à l'innovation pour tous et la construction de la « smart city » avec les utilisateurs.

Pouvez-vous nous raconter votre parcours ? Quand et comment a commencé l’aventure du Proto204 ?

Je suis tombé dans la médiation au laboratoire où j’ai effectué ma thèse en organisant des programmes alliant art, science et société à travers des vidéos de cinq minutes expliquant des sujets de recherche et en utilisant le prototype pour parler des sciences autrement. Par la suite, j’ai fait une première transition professionnelle en rejoignant une association de médiation scientifique. Mon objectif était alors de développer des méthodes collaboratives dans des projets d’innovations sociale et pédagogique afin d’impliquer des publics et assurer leur montée en compétences.

Mon objectif était alors de développer des méthodes collaboratives dans des projets d’innovations sociale et pédagogique afin d’impliquer des publics et assurer leur montée en compétences.

Assez rapidement, je me suis intéressé à l’innovation dans l’urbanisme ainsi qu’au développement des start-up et à leur impact sur l’économie collaborative. En 2013, j’ai reçu une offre de poste pour piloter un tiers lieu dans le cadre d’un projet urbain en lien avec le monde économique et académique, ça a été une évidence.

Pouvez-vous nous décrire la façon dont le projet a émergé ?

En 2013, la direction générale de l’EPA Paris-Saclay, portée par Pierre Veltz et Guillaume Pasquier, a eu la volonté de mettre en place, dans un délai court et avec un budget restreint, un lieu neutre, qui incarne la vision de l’EPA Paris-Saclay basée sur la collaboration entre les usagers de tous horizons. C’est finalement le premier lieu innovant porté par un aménageur et un des premiers Labs publics.
L’identité du lieu a émergé en construisant une communauté avant même la fin des travaux grâce à une série de 4 ateliers de préfiguration en rassemblant dès la conception étudiants, entrepreneurs, chercheurs, institutions, habitants, industriels et artistes. Ces ateliers nous ont surtout permis de valider les attentes auxquelles devaient répondre le lieu, activer une communauté hybride et motivée ainsi que rassurer les partenaires locaux sur sa vocation collaborative. 
Le Proto204 a pu ouvrir avec la programmation d’un événement par jour grâce aux nombreux porteurs de projet, qui y ont permis leur réalisation : de l’intelligence artificielle aux expositions art-science, du financement des start-up à l’agriculture urbaine, des concerts au DIY électronique…

Quel regard portez-vous sur le développement des Fablabs en grande couronne ? Observez-vous un intérêt grandissant pour ce type d’espace de la part des industriels ? des habitants ?

Des tiers lieux se développent en grande couronne même si les modèles sont encore plus difficiles à trouver qu’en hyper-centre, car il faut un minimum de flux d'usagers. Une réponse est peut-être à chercher du côté de la mise en réseau comme Les Fabriques du Ponant. Nous allons travailler sur la réactivation d’un réseau de lieux innovants à Paris-Saclay, car cela aiderait à créer de nouvelles connexions avec le territoire peu dense. La première formation universitaire de « fabmanager » sera faite à l’université Paris-Saclay, le Fablab de Cergy a une longue expérience de formation également. Par ailleurs, peut-être faut-il imaginer un passage à l’échelle par des lieux comme le Fablab de Shenzen, qui se rapproche de la mini-usine connectée.

Nous allons travailler sur la réactivation d’un réseau de lieux innovants à Paris-Saclay, car cela aiderait à créer de nouvelles connexions avec le territoire peu dense.

Enfin, il y a de nouveaux espaces à inventer, le Grand Paris possède des friches étendues, peu chères et isolées à proximité des champs. L’agriculture urbaine relocalisée dans d’anciennes friches industrielles, c’est un joli défi.

Comment les pouvoirs publics peuvent-ils vous accompagner ?

L’État accompagne le Proto204, puisque c’est un projet de l’établissement public d’aménagement Paris-Saclay, et que l’université Paris-Sud met les locaux à disposition. Par ailleurs, des acteurs comme la préfecture d’Île-de-France, le secrétariat général pour la modernisation de l'action publique ou l’université Paris-Saclay font appel au Proto204 pour des séances d’idéation, la réalisation de prototypes et le développement de programmes d’innovation.
Le Proto204 est une passerelle entre les démarches d’innovations publiques et les usagers qu’elles ciblent. Il me semble donc que les acteurs publics pourraient plus souvent les impliquer dans la construction de leur projet afin d’activer les contributions locales et animer leurs communautés avec plus de proximité. La Région peut nous accompagner en soutenant nos offres de prototypage et d’idéation auprès des entreprises et PME, le Département peut nous soutenir à développer nos actions d’initiation aux nouvelles technologies pour tous et les communes peuvent nous aider à former et prototyper les envies des habitants.  Je pense à la communauté du TEDx Saclay qui est née au Proto204 et dont les conférences sont devenues un événement phare du territoire, à la communauté l’École – tiers lieu éducatif qui tente de créer une nouvelle école localement ou les Pop’up Librairie créés avec une librairie de Gif-sur-Yvette pour faire vivre le livre différemment sur le campus.    

Si c’était à refaire, que feriez-vous ou ne feriez-vous pas ? 

Le Proto204 est une magnifique plateforme d’expérimentation, mais… avec le recul, certains éléments auraient pu être mieux structurés. Sur les événements, j’ai laissé la porte très ouverte les deux premières années, alors que restreindre avec deux ou trois axes forts sur moins d’événements aurait rendu la programmation plus lisible et libérer du temps. Ainsi, j’aurais pu davantage m’impliquer dans l’animation des membres particulièrement actifs, dans la mise en place d’une plateforme de partage entre usagers et la documentation des projets. Sur un autre plan, identifier plus rapidement le potentiel d’accompagnement à la transformation digitale que permet le lieu aurait aussi permis de gagner du temps dans le développement du modèle économique. Cela m’aurait peut-être permis de mieux convaincre les décideurs de soutenir le passage à l’échelle du lieu, et transformer le territoire de la même manière que les communautés ont transformé le Proto204.  

 

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