Tanger ou le temps du basculement

Exposition photographique de Eugénie Denarnaud

30 juin 2016

Regard d’artiste, regard d’expert, sur une ville en pleine mutation, à la pointe de l’Afrique et tournée vers l’Europe : Tanger.

Depuis la fondation d’un comptoir par les Phéniciens, à la mise en service du port Tanger Med 2 et la construction de la première ligne à grande vitesse, l’ancienne Tingis romaine aura connu de nombreuses transformations tout en conservant une vocation de port d’échange et de cité ouverte, cosmopolite et tolérante. Ville multimillénaire, elle est aujourd’hui en pleine renaissance, s’acheminant vers la métropolisation.

Une équipe  d’experts de l’IAU travaille actuellement à l’élaboration du Schéma directeur d’aménagement urbain du Grand Tanger, qui a pour objectif de définir une vision stratégique de développement durable, assurant une bonne articulation entre les grands projets structurants et une gestion rationnelle des ressources naturelles, tout en valorisant son riche patrimoine et en préservant son identité, offrant ainsi un cadre de vie de qualité à ses habitant et à ses visiteurs.

L’invité de l’IAU, la paysagiste et photographe Eugénie Denarnaud

Au travers de trois séries de photographies, Eugénie Denarnaud dessine un portrait de la ville de Tanger et du détroit de Gibraltar, d’une double temporalité entre lesquelles tout est en bascule.

En permanence l’échelle humaine se heurte à l’hyper-monde.

Chalutiers et barques bleues de toujours sortants en mer et derrière, des cargos porte-conteneurs flottent entre ciel et mer comme si la mondialisation était un mirage. L’autoroute flambant neuve fend les collines de l’arrière pays, traversée par une mule bien chargée ou un chien jaune. Iphones vendus sur le marché entre des fromages traditionnels emballés dans une couronne en palmier nain tressé et des poulets vivants. L’orange des plaines agricoles du Gharb côtoie la botte de cardes sauvages, et les herbes médicinales ramassées à la main par les paysans. L’oued Lihoud prend sa source à l’usine Coca-Cola.

L’économie mondialisée s’invite sur ce territoire du détroit, corollaire de sa position géostratégique.

LGV Tanger Marrakech en construction, infrastructure industrielle et portuaire à la pointe, en face du port espagnol d’Algesiras, construction de malls, développement de projets de tourisme international, éclatement de la bulle immobilière, le détroit est une terre d’investissement.

L’espace rural voit venir la ville qui s’avance. La ville est là, rencontre entre un monde rural si proche et le jaillissement des projets immobiliers.

Cette exposition propose une confrontation des différentes temporalités qui surgissent aujourd’hui à Tanger, dans le cadre du développement de la Région Nord Maroc : Les Futurs, ou le temps de la mutation urbaine ; Les Jardins pirates, ou le temps de l’appropriation spontanée des espaces publics; Les Gobeurs de paysage, ou le temps de la contemplation du paysage du détroit.

À propos de Eugénie Denarnaud

Paysagiste et plasticienne, née en 1984 à Paris, Eugénie Denarnaud a suivi des études de cinéma puis de l’ENSP Versailles. Passionnée par le vivant et la botanique, elle conçoit son approche photographique à la façon d’un herbier, collection d’éléments captés dur réel, saisis pour donner à voir des fragments de territoires. Ses photos questionnent le temps du basculement, la notion de jardin planétaire et de grand paysage. La résilience des espaces et la dynamique de transformation du vivant sont au cœur de son travail.