Tout faire pour maintenir l'industrie agroalimentaire en Île-de-France

Interview

02 février 2017Catherine Le Dantec

Catherine Le Dantec est déléguée générale de l’Association régionale des industries agroalimentaires d’Île-de-France (ARIA IDF) en charge de fédérer, représenter et défendre les intérêts des entreprises alimentaires de la région, structurer et animer la filière sur le territoire, et apporter aux entreprises agroalimentaires franciliennes le soutien nécessaire à leur développement.

Comment caractériseriez-vous le secteur des industries agroalimentaires ?

C. L. D. En Île-de-France, le secteur des industries agroalimentaires (IAA) est composé d’un peu plus de 600 entreprises et de 21 000 salariés1. Plus de 95 % de ces IAA sont des PME/TPE. Toutes les catégories de produits sont représentées, mais quatre filières dominent : les boissons, les traiteurs (viandes et produits carnés, plats cuisinés, produits de la mer), l’épicerie fine (thé, café, confiserie, chocolat, condiment), la meunerie-boulangerie-pâtisserie-pâtes.
Les IAA se situent au cœur d’une filière alimentaire totalisant 50 000 établissements et 450 000 salariés incluant industriels, grossistes, commerçants, artisans et restaurateurs. Cet ensemble positionne l’Île-de-France comme première région alimentaire de France. Les frontières entre les différents maillons ne sont pas toujours bien distinctes : les agriculteurs transforment de plus en plus à la ferme (huile, bière, fromages…), les grossistes préparent les produits pour leurs clients (fruits coupés), des artisans développent leur activité à l’export. Ces différents acteurs rencontrent ainsi des problématiques communes.

Quelle est la dynamique du secteur ?

C. L. D. La situation est paradoxale : l’Île-de-France compte des PME dynamiques, situées dans un marché francilien à fort potentiel et dans un environnement très favorable (logistique fortement développée sur le territoire, environnement scientifique d’enseignement et de recherche d’excellence, proximité des centres de décision). Pourtant, la filière a rencontré une forte désindustrialisation dans les 25 dernières années, et le secteur peine à se maintenir en Île-de-France. Les entreprises sont en effet confrontées à des contraintes d’exploitation (renchérissement des coûts des matières et des consommables) et à une pression urbaine (coût du foncier, contraintes de transport, difficultés de recrutement, contraintes de voisinage) de plus en plus fortes. L’environnement commercial est également de plus en plus concurrentiel à l’échelle française, européenne et mondiale. Enfin, les difficultés sont renforcées par le manque de structuration du secteur, avec des entreprises de petite taille et isolées (70 % des établissements ont moins de 20 salariés).

Quel est le lien avec les productions agricoles franciliennes ?

C. L. D. Les industries agroalimentaires franciliennes rencontrent des difficultés à s’approvisionner en matières premières locales. En effet, l’agriculture francilienne est majoritairement productrice de céréales. Les productions animales, en particulier, y sont rares, ce qui explique l’offre limitée pour certaines matières premières comme les viandes. Les fruits et légumes sont essentiellement commercialisés bruts, sans transformation.

Sur quels maillons la région est-elle bien positionnée ?

C. L. D. L’Île-de France a la particularité de concentrer les sièges sociaux : 15 % des établissements2 n’ont qu’une fonction de siège sans activité de transformation (Nestlé, Mondelez, Danone, Bel, Coca Cola…). À l’aval de la filière, l’Île-de-France concentre également les centres décisionnaires, tout particulièrement les directions des achats des distributeurs et de la restauration organisée (Carrefour, Lidl, Intermarché, Compass, Sodexo, McDonald’s…). Les IAA franciliennes bénéficient, par ailleurs, d’un environnement scientifique très favorable en matière d’innovation et de recherche, tant publique que privée, avec des centres de recherche d’entreprises de dimension internationale (Danone, Mondelez, Pernod-Ricard…).

Quels sont les axes d’innovation et de progrès ?

C. L. D. Les axes d’innovation en IAA sont multiples, tant au niveau des produits (packagings, mode de conservation), que des process (élaboration, cuisson, conditionnement) et des services (modalités de distribution tel que le e-commerce). Les start-up sont, aujourd’hui, de mieux en mieux accueillies et accompagnées. Des incubateurs et pépinières se mettent en place. Des dispositifs d’accompagnement sont proposés par des organismes tels que le Cervia3 et Vitagora4. Restent deux points faibles : d’une part, la difficulté pour les start-up et entreprises matures à trouver des locaux pour y développer leur activité de transformation ; d’autre part, les installations permettant de mettre au point les procédés de transformation sont extrêmement limitées, contraignant souvent les entreprises à travailler avec des centres techniques situés en province. Le projet de Food Lab d’AgroParisTech à Massy puis à Saclay vient donc à point pour pallier ce manque.

Quels sont les moyens mis en œuvre pour accompagner la filière ? Quels enjeux demeurent ?

C. L. D. Le soutien conjoint de la Région et de l’État constitue une première réponse. Le Pass filière IAA (programme d’actions de soutien et de structuration de la filière IAA) mis en place par la Région Île-de-France mobilise près de 200 000 euros de soutiens publics par an autour de quatre axes : le renforcement de la dynamique et de la cohésion de la filière ; le développement des mutualisations sous toutes les formes (commerciales, logistiques, RH, achats, veille, implantation) ; le renforcement des moyens au service de l’innovation et de la performance globale et durable ; l’accès et la croissance de l’emploi, notamment par une meilleure attractivité du secteur et des métiers et le renforcement de la formation.
Ce plan déployé par l’ARIA IDF, le Cervia et l’Ifria Île-de-France porte ses fruits. Des projets se concrétisent : animations commerciales mutualisées, recrutements en temps partagé entre plusieurs entreprises, bulletin de veille conçu spécifiquement pour les entreprises de la région, opérations de promotion du secteur et des métiers pendant la semaine de l’industrie.
Dans ce contexte, afin de faciliter les échanges entre les entreprises et les partenaires du secteur tant publics que privés, l’ARIA IDF a organisé en juillet dernier le premier forum régional de l’agroalimentaire d’Île-de-France. Une journée vivement appréciée par les participants, qui sera reconduite en 2017.
Pour moi, les principaux enjeux pour le secteur sont de maintenir un tissu productif en Île-de-France, de trouver des solutions viables économiquement et écologiquement pour les livraisons en zone urbaine et de passer le cap de la révolution digitale.

Propos recueillis par Carole Delaporte et Laure de Biasi

1 Données Acoss 2014 sur l’emploi salarié privé.
2 Estimation ARIA IDF.
3 Créé en 2007, le Centre régional de valorisation et d’innovation agricole et alimentaire œuvre pour le maintien de l’agriculture francilienne et soutient la pérennisation des entreprises alimentaires sur le territoire.
4 Pôle de compétitivité qui s’appuie sur les régions Île-de-France et Bourgogne/Franche-Comté autour de la thématique « goût-nutrition-santé », afin de poursuivre des objectifs de compétitivité, de notoriété ou de développement économique.
5 Créé en 1996, l’Institut de formations régional des industries alimentaires d’Île-de-France est un centre de formations par apprentissage dédié aux métiers des industries alimentaires.

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