Tables rondes sur le Fleuve

Des pistes pour un aménagement durable

10 décembre 2009Contact

Table ronde n° 1 - 4 décembre 2008

Il a été rappelé, en préambule, la fragilité écologique du fleuve, la nécessité de concilier les usages de la voie d’eau et d’y conjuguer harmonieusement économie et environnement. Ce qui demande d’identifier clairement les effets des risques d’inondations en milieu urbain et de trouver des solutions innovantes pour les projets, en évitant de figer des espaces en zone inondable.

Connexions écologiques et connexions économiques : des marges de manœuvre étroites

L’Île-de-France est un carrefour essentiel pour la biodiversité, et la Seine un corridor biologique à une échelle qui dépasse le niveau régional. Il est indispensable de préserver les connexions naturelles, souvent coupées par l’urbanisation et par de nombreux ouvrages – portuaires et autres – qui perturbent les espèces. Des solutions mises en œuvre ailleurs (sur le Rhône notamment) pourraient être expérimentées et développées.
L’approvisionnement de l’Île-de-France se fait principalement par voie maritime. Une chaîne d’approvisionnement cohérente par la Seine est la plus respectueuse de l’environnement, mais le Port autonome de Paris insiste sur la nécessité d’améliorer les logistiques de petites distances et de développer les ports intermédiaires.

Cependant la question du maintien des conditions d’existence du corridor biologique Seine face à l’intensification du transport par voie fluviale reste entière.

Peut-on construire une ville durable au bord du fleuve ?

La Seine, « source de la métropole, fontaine du jardin francilien », traverse des espaces en permanente mutation : le territoire du fleuve est un secteur stratégique de grands projets urbains. Mais face aux risques d’inondations, l’agglomération centrale est plus vulnérable aujourd’hui : le niveau des « plus hautes eaux connues » y concerne 20 000 hectares, 700 000 habitants, 130 zones d’activités économiques,  1 460 équipements locaux, 50 lycées…

Des outils techniques et réglementaires permettent de mieux gérer les inondations, et de limiter leurs conséquences en contrôlant la construction sur les nouveaux sites. Dans les tissus urbains constitués, il faut envisager d’autres actions : sensibiliser les entreprises et les habitants en développant une véritable « culture du risque », diminuer la vulnérabilité des équipements (suivant l’exemple du département des Hauts-de-Seine).
Au-delà de la protection des biens et des personnes, cet objectif de diminution de la vulnérabilité vise à redémarrer l’ensemble des activités humaines le plus rapidement possible après une crue. Il conduit à repenser le développement et l’aménagement des territoires concernés, en s’appuyant sur des expériences françaises et européennes : l’idée de zones test est en train d’émerger en Île-de-France sur des sites particulièrement stratégiques et exposés. Des opérations d’aménagement urbain (Mantes-la-Jolie, l’Île-Saint-Denis) témoignent d’une nouvelle façon d’intégrer les dimensions du fleuve.
En conclusion, l’intérêt d’un lieu d’échanges et de propositions sur le fleuve pour une approche d’échelle régionale et supra-régionale a été souligné. Ces débats ont rappelé des questions difficiles qui doivent être approfondies lors des prochaines tables rondes.

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Table ronde n° 2 - 5 mai 2009

« Baignade interdite » ! Ce panneau illustre la rupture de la relation entre le Fleuve et les habitants des territoires riverains. Comment se réapproprier le Fleuve pour en faire un levier de développement du territoire tout en conciliant les conflits d'usage ? Cette question a été au centre des débats de cette demi-journée qui a réuni des décideurs franciliens, des géographes, des acteurs publics et privés, des aménageurs, des organisateurs d'actions culturelles.

La reconnaissance du patrimoine fluvial, support des projets d'aménagement

Comme l'a souligné Laurent Théry, directeur de la Société d'Aménagement de la Métropole Ouest Atlantique, le Fleuve ne doit plus être considéré comme le support d'usages qui lui sont extérieurs, mais comme ce qui donne sens à « l'histoire des lieux », et qu'il importe d'intégrer aux projets d'aménagement. Au cœur de l'Île-de-France (200 km, 200 communes riveraines), la vallée de la Seine structure les grands paysages et a été la matrice des compositions urbaines majeures (Pierre-Marie Tricaud, IAU îdF). Le Fleuve a nourri directement ou indirectement un vaste patrimoine - ouvrages techniques, ponts, villages, résidences, usines (Philippe Montillet, IAU îdF et Roselyne Bussière, Service régional de l'inventaire). Face au double risque de nier ce patrimoine et de le muséifier (par exemple en figeant la vision que nous en ont léguée les impressionnistes), la reconnaissance de toutes ces dimensions - y compris les mémoires locales - forme une « médiation culturelle ».  Elle peut alors légitimer des choix d'aménagement, bien au-delà des berges, qu'il s'agisse de valorisation des espaces naturels (François Huart, AEV) ou de mutations urbaines (Jacques Deval, DREIF).

La réappropriation du Fleuve : ses usages, ses aménités et ses risques

Bernard Le Sueur, historien, a montré avec l'exemple des ports de Paris que les sociétés séquanaises avaient conjugué leurs usages du Fleuve selon trois « âges » successifs depuis le 18° siècle.
Actuellement, le Fleuve est un enjeu majeur du développement économique, touristique et social francilien, fortement affirmé dans les grands projets d'échelle régionale : « territoire à valoriser » dans le projet de schéma d'aménagement régional (Sdrif), il est aussi une référence pour la moitié des 10 projets d'architectes sur le Grand Pari(s). Dans le domaine touristique, particulièrement important en Île-de-France, la vallée de la Seine sert d'appui à des itinéraires tels que des véloroutes (Emmanuel Blum, IAU îdF). Plusieurs intervenants ont présenté diverses expériences de réappropriation du Fleuve : aménagements urbains à Nantes et Saint-Nazaire (Laurent Théry), animation de réseaux multiples par la " Maison du Fleuve Rhône » (Jacky Vieux), « Festival de l'Oh ! » en Val-de-Marne (Olivier Meïer), initiatives de « l'Ourcq en fêtes » en Seine-Saint-Denis (Hélène Sallet-Lavorel). Toutes ces démarches s'attachent à tisser des liens identitaires entre les habitants, les communes et le Fleuve, et à repenser le « vivre ensemble » par des actions culturelles, festives et pédagogiques qui « préludent à la reconquête du Fleuve » (Laurent Théry, Jacques Deval, Hélène Sallet-Lavorel). Elles permettent aussi de sensibiliser la population au risque d'inondation : « pas de culture du risque sans culture du Fleuve » (Régis Thépot, Etablissement public Loire).

À suivre

Avec l'exemple de la Loire, Mireille Ferri, vice-présidente du Conseil régional et de l'IAU îdF, avait souligné dans son introduction le rôle positif des conflits, comme révélateurs de l'intérêt de la société pour le Fleuve. Force a été de constater que les controverses et conflits d'intérêt autour de la Seine sont bien présents en Île-de-France. Reste à en dégager des pistes d'action. Les tables rondes suivantes reviendront sur les deux enjeux stratégiques déjà abordés : la logistique et l'environnement en octobre, l'aménagement urbain autour du Fleuve en décembre.

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Table ronde n° 3 - 8 octobre 2009

Le fleuve au cœur des projets franciliens

Le transport fluvial fait l'objet de toutes les attentions et s'inscrit à différentes échelles. Au niveau ouest-européen avec la mise en service du canal Seine-Nord Europe à l'horizon 2015 qui connectera le bassin de la Seine au réseau fluvial et aux ports maritimes du Bénélux. Au niveau national avec le Grenelle de l'environnement qui fixe comme objectif une augmentation de 25 % du trafic non routier d'ici 2022, soit au moins un doublement du trafic fluvial actuel en Île-de-France (par report modal). Au niveau du bassin de la Seine, avec la création en mai dernier d'un conseil de coordination interportuaire. Au niveau régional avec, d'une part, le projet de Schéma directeur de la région Île-de-France (Sdrif) qui définit le Fleuve comme un « élément fédérateur du projet spatial régional », et d'autre part, avec les dix projets de la consultation du Grand Pari(s) qui placent souvent le fleuve au cœur de leurs propositions pour la métropole de l'après-Kyoto. Et enfin au niveau de la Ville de Paris avec la prise en compte des besoins des ports dans le Plan local d'urbanisme (Plu) et la mise en place de nouvelles formes intermodales de transport de marchandises.

Le développement nécessaire du transport fluvial

Un convoi fluvial de 5 000 tonnes correspond à 250 camions (une file de 7 km !). L'enjeu du transport fluvial pour la baisse des émissions de CO2 n'est plus à démontrer au regard des 19,7 millions de tonnes transportées par voie d'eau en Île-de-France en 2007. Patrick Lambert (VNF) constate une explosion du trafic, dont celui des conteneurs qui connaît une croissance à deux chiffres. Didier Depierre (PAP) a confirmé cette forte croissance de la logistique, qui a conduit le Port Autonome de Paris à accélérer le développement de terminaux à conteneurs et de plate-formes multimodales. Les professionnels du transport fluvial, représentés par Xavier Lascaux (Unicem) et Stéphane Fortrye (CFT) ont précisé que la volonté d'augmenter le trafic et d'encourager le report modal devait s'accompagner du développement des infrastructures portuaires et de leur accessibilité routière. Il faut également inciter les filières professionnelles à utiliser le transport fluvial en multipliant les embranchements fluviaux, en modernisant la flotte et en accompagnant les professions (formation, création d'entreprises). Le développement des infrastructures portuaires pose aussi la question de l'acceptabilité des ports par les riverains. Le témoignage de Geneviève Origer du Port de Bruxelles, qu'elle qualifie de « port citoyen », montre que la révolution culturelle pour y parvenir est possible, si l'on « considère le port comme partie intégrante de l'urbain ».

Un bilan environnemental en demi-teintes

« Les berges ont payé un fort tribut à l'aménagement du fleuve » a souligné François Bonis (direction de l'environnement du Conseil régional). Par sa définition de la berge, « écosystème complexe et particulièrement riche qui bénéficie des milieux terrestres et aquatiques », Manuel Pruvost-Bouvattier de l'IAU îdF a clairement montré son double enjeu écologique : la biodiversité et la gestion de l'eau. Améliorer l'état des berges permet de reconquérir des continuités écologiques et d'optimiser leurs services concernant la qualité des ressource en eau et la limitation des risques liés aux inondations. C'est pourquoi il importe d'optimiser les rapports aux berges des diverses pratiques du fleuve et de faire des diagnostics des secteurs vulnérables et/ou à enjeux, afin de mettre en oeuvre une gouvernance écologique du fleuve.
Les acteurs, représentés par Cécile Pittet et Pascal Clerc de syndicats mixtes d'aménagement de berges, Frédérique Guilbert-Palomino du Port autonome de Paris et Eric Champalbert d'un bureau d'études, ont présenté des techniques de « génie végétal » pour aménager les berges et des exemples d'intégration environnementale des ports. Ils ont également souligné l'enjeu de créer les conditions d'une continuité écologique des milieux naturels du fleuve, souvent mal comprise. Les solutions sont éprouvées. La difficulté réside dans la conciliation d'intérêts divergents, par exemple : construire en zones inondables supprime « la zone de respiration » des berges ; creuser les chenaux de navigation pour les gros tonnages (cas de l'Oise) provoque le glissement des berges ; naviguer en hiver lors des hautes eaux érode les rives par le batillage.
Le développement du trafic fluvial n'est pas remis en cause, mais il nécessite un rapprochement des différents acteurs pour limiter ses impacts environnementaux.

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Table ronde n° 4 - 10 décembre 2009

Le 10 décembre s'est tenu le dernier volet d'un cycle de quatre tables rondes organisé par l'IAU îdF sur la valorisation du fleuve en Île-de-France.
Cette quatrième rencontre s'est déroulée en deux séquences :
• l'intensification urbaine et la vulnérabilité aux inondations en cœur d'agglomération ;
• la question de l'intégration du risque d'inondation et la diminution de la vulnérabilité. Cette séquence s'est appuyée sur des exemples de démarches et projets engagés en France, Allemagne, Pays-Bas et Belgique.

Cette journée, organisée dans les locaux de l'IAU îdF, a réuni des décideurs franciliens, des partenaires publics et privés, des acteurs franciliens et européens de l'aménagement.

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