Quand la photo témoigne des dynamiques urbaines

Entretiens croisés de Claire Galopin et d'Anne Jarrigeon   Sommaire

27 janvier 2017

L'Institut Paris Region propose "Projections urbaines", une exposition en partenariat avec l'École d'Urbanisme de Paris (EUP). Quarante étudiants de Master en urbanisme se sont plongés dans le fonds photographique Jean Bruchet de L'Institut Paris Region pour le confronter avec leurs propres perceptions et en tirer des leçons sur l'avenir de nos villes.

Pourquoi et comment s'est faite cette exposition ? Que nous dit-elle sur le rôle de l'image dans le métier d'urbaniste ? Réponses de Claire Galopin, documentaliste iconographe à la médiathèque de L'Institut Paris Region et d'Anne Jarrigeon, photographe-vidéaste, maîtresse de conférences à l’Ecole d’urbanisme de Paris et co-fondatrice du groupe "Penser l’urbain par l’image" au sein du Labex Futurs Urbains.

Qu'est-ce qui a amené L'Institut Paris Region à s'engager dans ce projet d'exposition avec l'École d'Urbanisme de Paris?

Claire Galopin : Le point de départ de notre projet collaboratif a été la mise en œuvre à L'Institut Paris Region, en juillet 2015, d’une exposition autour des photographies des années 70 de Jean Bruchet. Ce photographe, salarié de L'Institut Paris Region durant 40 ans, nous a laissé en héritage à la fois un aperçu de la modernité de la Région Ile-de-France, et un regard bienveillant sur une époque où les transformations liées à la mise en œuvre du Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de Delouvrier étaient à l’œuvre.

C’est lors de cette exposition que la médiathèque a décidé de travailler avec Anne Jarrigeon. En partant des images de Jean Bruchet, les étudiants de l'EUP nous ont proposé leurs propres lectures de l’aménagement et de l’urbanisme contemporain. Ils ont mis en regard les images des années 70, pleines de fierté et de foi en l’avenir, avec leur propre vision de la région et nous montrent, au travers de ces photos, la façon dont l’urbanisme actuel peut être porteur d’avenir.

Durant plusieurs semaines, ces étudiants ont parcouru l’Ile-de-France et  produit des images. Deux thématiques ont émergé : la première porte sur la mobilité et est à l’origine de l’exposition Move On (à l’EUP) qui rassemble des prises de vue par téléphone mobile, ce qui correspond à la façon rapide et sans complexe de photographier aujourd’hui. La deuxième exposition, qui a lieu à L'Institut Paris Region, s’intitule Projections urbaines. Si ce thème peut sembler classique, les photos des étudiants proposées dans cette exposition sont, au contraire, très originales.

A la veille de l'exposition, quel bilan faites-vous de ce partenariat?

CG : Ce partenariat nous a d’abord permis d’expliquer en quoi le choix d’une image, illustrative et/ou reflet d’une réalité, peut raconter le territoire et devenir un outil de travail privilégié pour les urbanistes. Il a permis à cette génération de futurs urbanistes très sensible aux images, de nous poser des questions de représentation des images. D’autre part, les étudiants ont réussi à conjuguer l’approche esthétique du photographe et l’approche technique du professionnel de l’urbanisme tout en étant capables de porter le projet jusqu’à sa réalisation graphique et conceptuelle. Cette mise en perspective originale, qui a bénéficié des compétences de l'équipe de documentalistes et du regard professionnel du département communication de L'Institut Paris Region, fait pour nous l’intérêt du projet et du partenariat.

Vous enseignez la photographie et la vidéo aux étudiants en urbanisme. Pourquoi est-ce, selon vous, un enseignement indispensable ?

Anne Jarrigeon : Par le développement d’enseignements autour de la photographie et de la vidéo au sein de l’Ecole d’urbanisme de Paris (EUP), je cherche à transmettre aux futurs urbanistes dont ce n’est a priori pas la préoccupation première, des outils d’analyse pour se forger une culture critique de l’image. Si la cartographie a toujours occupé une place centrale dans les formations liées à l’aménagement de l’espace, la photographie pourtant indissociable de la production comme de la mise en circulation des savoirs dans le domaine, fait souvent figure de parent pauvre. Il y a quelque chose de paradoxal à sous-estimer l’importance des compétences liées à l’image à une époque de saturation visuelle inédite due à l’essor des instruments de prise de vue grand public et à la transformation de leurs modes de diffusion.

Sensibiliser les étudiants aux questions de représentation visuelle vise à la fois à enrichir leurs méthodes de diagnostic urbain et à leur donner des clés pour mieux maîtriser la communication de leurs projets. Cela passe d’abord par une initiation à l’analyse d’image, par une approche des traditions médiatiques, institutionnelles et bien sûr artistiques de l’iconographie urbaine, puis par un atelier de création photographique et/ou vidéo.

Quel a été l’apport du partenariat avec L'Institut Paris Region ?

A.J. : Le partenariat initié par L'Institut Paris Region autour de sa médiathèque et en particulier de son très riche fond photographique m’a semblé une occasion extraordinaire d’impliquer les étudiants dans une réflexion sur l’apport de la photographie à l’analyse des mutations urbaines. Dialoguer avec des professionnels en charge de ces questions d’image a constitué une expérience pédagogique passionnante. De la compréhension d’une politique institutionnelle liée à l’aménagement à celle des enjeux esthétiques d’une exposition, en passant par l’interprétation d’un fond, la création d’un corpus documentaire inédit, la rédaction de textes d’accompagnement, c’est tout le processus de fabrication d’une série d’images pertinente « en situation » qui a pu être expérimenté par les étudiants.

La suite à la prochaine édition …

Propos recueillis par Brigitte Guigou, Chargée de mission formation - partenariat recherche